Le rossignol de Seddouk s’est éteint

 

 

 

 

 

Le chanteur Azerzour, de son vrai nom Mohand Bouzerzour, est décédé dans la matinée d’hier, à l’âge de 72 ans, des suites d’une longue maladie. Le chanteur a rendu son dernier souffle à l’hôpital de Sidi Aïch, où il était hospitalisé depuis cinq jours. Auteur, compositeur et interprète, qui a marqué la chanson kabyle de son empreinte, le défunt laisse derrière lui des chansons qui lui survivront certainement encore longtemps. Tamaâyt id yehka vava (L’histoire que m’a racontée mon père) est la plus connue, c’est un chef-d’œuvre qui a marqué les esprits des mélomanes par sa beauté.

La mélodie et la poésie profonde de ce titre, comme celles de bien d’autres chansons d’Azerzour, subjuguent toujours des admiratifs, qui ne connaissent pas forcément l’identité de celui qui les interprète. Mohand Bouzerzour a vécu dans la modestie et la discrétion, loin des feux de la rampe, parmi les siens à Seddouk Oufella, son village natal, qu’il a tant chanté et où il sera enterré demain à midi. Seddouk fellak Atsghanigh l’avait lancé au début des années 1970, où il a tapé dans l’œil même du grand Cherif Kheddam.

Sa rencontre avec le défunt chanteur Cheikh El Mahdi, mort lui aussi à l’hôpital de Sidi Aïch le 30 décembre 2009, compte dans son parcours artistique. Ceux qui l’ont connu et côtoyé décrivent un homme «attachant et cultivé».

La chanson n’a pas été un gagne-pain

La chanson n’a pas été un gagne-pain pour Mohand Bouzerzour, enseignant de français, mais un plaisir qu’il a su partager admirablement avec amour et sérieux avec son public. De son vivant, il avait témoigné qu’il a puisé son art du patrimoine culturel de sa mère. Très estimé, de sa voix au timbre particulier, il a construit une carrière de 40 ans dans la chanson kabyle et a démarré, d’un pas mesuré, depuis la troupe de son village et la toute première guitare qu’il a possédée en 1967. Il a fallu, cependant, attendre 1990 pour voir le premier produit musical d’Azerzour sortir du studio. Tamaâyt a alors fait sensation et porte le cachet tout particulier d’Azerzour. En 1998, le chanteur crée une chorale dans son village natal et enregistre son album en 2008. En 2015, Mohand Bouzerzour sort son quatrième album, qui clôture la carrière d’un artiste atypique respecté, qui écrit et compose ses musiques dans la sagesse, la réflexion et la méditation.

Mohand Bouzerzour, que l’on appelle affectueusement Da Mohand dans son village, vient de nous quitter, en laissant derrière lui un répertoire riche, que l’on ne se lassera pas d’écouter, en passant le flambeau à deux de ses enfants qui continueront à perpétuer l’amour de la chanson kabyle qui a été celui de leur père.

Kamel Medjdoub

source: El Watan du 18/07/2017

Réunion du conseil d’administration d’AFSOU

Hier, dimanche 6 novembre 2016 à 14h , s’est réuni le conseil d’administration de l’association AFSOU avec un seul point à l’ordre du jour : la nomination d’un nouveau trésorier de l’association en remplacement de feu Khellil Belhaddad décédé l’année dernière. A cet effet, Mabrouk MIRA a été désigné à cette fonction et chargé de dresser un rapport financier qu’il présentera lors de la prochaine assemblée générale qui sera convoquée pour le dimanche 27 Novembre 2016.

Étaient présents à cette réunion:
-Ahmed Merzouki
-Mohand Zerzour
-Ahcene Merazga
-Mabrouk Mira
-Youssef Mira
-Ali Bennacer
-Abderahmane Bensadoune

Le mausolée de cheikh Aheddad sera versé au secteur de la culture de Bejaia

Le mausolée de Cheikh Aheddad, inauguré en juillet 2009, à Seddouk-Oufella, à 65 km au sud-ouest de Bejaia fait l’objet d’une procédure juridique et statutaire, destinée à reverser sa gestion et son parrainage à la direction de la culture de la wilaya, indique le directeur de wilaya, Khellef Righi.

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Les déportés de la Nouvelle Calédonie: un documentaire AL JAZEERA

Un reportage émouvant sur les descendants des déportés algeriens de la Nouvelle Calédonie à la suite de l’insurrection de 1871 d’El Mokrani et de Cheikh Ahaddad.Ils étaient plus de 2 000 a être arrachés à leur terre et exilés sur une ile lointaine d’ou ils ne reviendront presque jamais.Aujourd’hui leurs descendants sont à la quête de leur identité, de leurs racines et de leur histoire.

Le point sur les travaux dans le village

La maison familiale de Cheikh Ahaddad

Les derniers chantiers lancés dans le sillage de la construction du mausolée de Cheikh Ahaddad tirent à leur fin.Le dernier en date est la maison familiale de Cheikh Ahaddad , connue sous le nom de « axxam n-tt3erset » qui a été reconstruite quasiment à l’identique avec des matériaux traditionnels ( la pierre et le bois principalement).Elle comporte 9 pièces donnant toutes sur une petite cour intérieure. (voir photos).Il faut cependant signaler que faute d’entretien , les boiseries extérieures non couvertes et de piètre qualité ne résisteront pas aux rigueurs de l’hiver.

Avec la livraison de ce dernier site, se pose maintenant la question de la gestion et de l’entretien de l’ensemble de ses ouvrages, car le flou entoure toujours leurs statuts juridiques. En effet le mausolée inauguré en grandes pompes il ya de cela 5 ans est livré à lui même sans encadrement et surtout sans cahiers des charges définissant les objectifs et les missions inhérents à ce type de monument ainsi que les moyens appropriés pour son exploitation , idem pour la maison des Khwan «  Axxam l-lexwan « qui qui commence déjà à se dégrader. Aussi-est il nécessaire de rappeler l’urgence de la prise en charge de ce dossier par les pouvoirs publics en concertation avec les habitants du village pour trouver ensemble les voies et moyens à mêmes de préserver ce patrimoine et le valoriser.

Le tunnel Ihaddaden « azrug Ihadadden »

Il faut signaler par ailleurs l’entame des travaux de reconstruction du tunnel « azrug ihaddaden » qui malheureusement faute d’anticipation, s’est écroulé l’hivers dernier.

Gaz de ville

Si les tuyaux devant acheminer le gaz vers les 4 villages sont encore disposés tout le long du parcours, il n’en demeure pas moins que les entreprises en charge du raccordement au réseau ont déjà entamé leur travail.En effet la pose des coffrets des compteurs a déjà commencé au grand bonheur des villageois, un rêve qui se concrétise !! vaut mieux tard que jamais .

Nouveau central électrique

La sonelgaz s’active en ce moment à la mise en route du nouveau central électrique situé à l’entrée du cimetière et devant remplacer les anciens transformateurs et dans la foulée remplacer les pylônes en bois par des métalliques et par même occasion renforcer la capacité de la ligne afin de remédier aux chutes de tension au moment des pics de consommation en été comme en hiver.

Rachid Adjaoud, acteur et témoin de la guerre d’indépendance

  A la veille de la célébration du 60 ème anniversaire du déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954, je tiens ici à rendre  spécialement hommage à Da Rachid Adjaoud pour son obstination à poursuivre son œuvre de pédagogie à travers les différentes  conférences et rencontres auxquelles il prend part tout au long de l’année , mais surtout au travail de mémoire auquel il s’attèle dans le cadre de la

poursuite de l’écriture de ses témoignages sur la guerre d’indépendance.

Je l’ai rencontré il ya une semaine à Seddouk , chez lui dans un local spécialement aménagé en bureau, salon d’accueil mais aussi en salle d’exposition dans laquelle son accrochés de nombreux portraits de chouhada de la guerre de libération. Dans l’entretien que j’ai eu avec lui ,il m’a appris que son livre « Le dernier témoin » a non seulement été réédité par sa maison d’édition mais aussi traduit en arabe en raison de son succès rencontré auprès du public.. Quant à son deuxième livre, il est quasiment fin prêt, Da Rachid m’a indiqué qu’il manque juste la préface que le professeur Aissani de l’université de Bejaia aura l’honneur de rédiger.

J’ai’ eu bien sûr le privilège de feuilleter les quatre volumes du manuscrit de son prochain livre intitulé « La guerre de libération, Récits et témoignages » (photo).

 Da Rachid consacre tout son temps -hormis les quelques rendez vous pour ses soins-

à la révolution, il est sollicité à la fois par les officiels mais aussi par des associations et des écoles, il a reconnu qu’il ya un déficit en terme de la connaissance de l’histoire de notre glorieuse révolution surtout des jeunes, la raison principale selon lui est du au fait que la majorité des moudjahidine ne sont pas lettrés et par conséquent éprouvent des difficultés à transmettre leurs témoignages hormis oralement, il s’estime dans ce cas privilégié.

 Je ne peux clore mon propos  sans relater le récit de Da Rachid à propos de la rencontre qu’il a eue avec la fille du Docteur Rachid Amrane , installé comme médecin à Seddouk en remplacement du Docteur Ferry, puis quitta la ville précipitamment sur ordre des autorités civiles et militaires pour la France, il garda depuis le silence jusqu’à sa mort.

 Sa fille prit le silence de son père comme un soupçon de trahison à l’égard de la révolution et a décidé de revenir sur ses traces dans le but connaitre la vérité à propos de ce silence trop lourd à porter. Arrivée à Seddouk, elle a été dirigée vers Da Rachid qui lui a appris qu’il connaissait bien son père et les circonstances l’ayant conduit à quitter le pays précipitamment du jour au lendemain et qu’en plus , très jeune il était ami de la famille du docteur Amrane .En gage de preuve de cette amitié et connaissance, Da Rachid lui raconta un événement que sa mère, une française,  ne pouvait  pas oublier, la visite en sa compagnie du cirque Amar qui s’était produit  pour la première fois à Bougie ( Bejaia aujourd’hui).Réconfortée par le témoignage de Da Rachid sur le rôle de son père pendant la guerre avant son départ définitif pour la France.

Il lui raconta que son père soignait les blessés dans les rangs des combattants de l’ALN  , et  à ce titre il a été dénoncé aux autorités coloniales par le chauffeur de taxi qui le conduisait dans ses missions à travers les douars.

Trois mois plus tard, la fille du Docteur Amrane revient à Seddouk en compagnie  de son mari ainsi que de sa mère , s’en suit alors des émotions fortes quand Da Rachid les emmena  au cimetière d’Akbou ou sont enterrés ses aïeux.

Moralité de l’histoire, Da Rachid a « réhabilité » un moudjahid et restitué son honeur aux yeux de sa famille mais surtout a reconcilié toute une famille avec non seulement  l’histoire mais surtout avec sa patrie , l’Algerie.

Rétrospective du Colloque international autour de l’insurrection de 1871

Clôturé en apothéose par la projection du film de Mehdi Lallaoui , «Les Kabyles du pacifique » , qui raconte la douloureuse et inhumaine déportation des insurgés de 1871 vers la Nouvelle Calédonie, et leur rencontre avec les déportés de la Commune de Paris, le colloque international a tenu ses promesses ! Ce fut un forum citoyen où l’échange convivial, le débat serein et la création intellectuelle ont concrètement fleuri ce « Printemps des mots ».

Le colloque sur l’insurrection de 1871 a été une grande réussite, selon les participants.
Le colloque sur l’insurrection de 1871 a été une grande réussite, selon les participants.
Dirigé par la subtile poigne de Tassadit Yacine toute de finesse et de savoir faire avéré, le colloque a démarré avec les généralités requises dans la matinée du 6 mai dans cette immense salle du théâtre régional de Bgayet avec son architecture à fort poids historique.

L’émotion de l’ouverture protocolaire, des remerciements aux organisateurs et des retrouvailles a vite cédé devant l’impératif affirmé de la réappropriation d’une période charnière de notre histoire ! Nous étions là pour faire la lumière sur cette grande insurrection populaire de 1871 qui a jeté dans la culture paysanne les premiers fondements de l’algérianité, conscience qui plantée comme un arbre dans la terre aride a pris péniblement racines irriguée par le sang des patriotes, a grandi et donné ses fruits en Novembre 1954.

Ce fut Georges Morin, qui ouvrit « le feu » des mots pour dresser un tableau du contexte historique de cette épopée qui se termina par la déportation des chefs insurgés et de leurs familles vers la Nouvelle Calédonie après la condamnation à Constantine du Bachagha Mokrani, son principal instigateur. Animé par un désir assumé et constant de faire la lumière sur ce qui s’est passé en Algérie entre 1830 et 1962, le fondateur de l’association « Coup de soleil », reconstruira les principaux événements de l’année 1870 qui dans leur interaction avaient déclenché cette guerre entre deux parties aux moyens inégaux. Armé de la volonté de socialiser la production universitaire pour qu’elle atteigne la population, le président du « Maghreb des livres » dira : « La mémoire c’est souvent des blessures, il y a plus de 7 millions de Français, entre juifs, pieds-noirs, harkis, anciens militaires, liés historiquement à l’Algérie ». Ajoutant : »Pour surmonter la tragédie coloniale et construire un avenir solidaire par l’information et la culture, il faudra mettre les moyens, l’échange et le partage par le débat, la télévision, la bande dessinée, le documentaire, le livre … ! Plus on le connait moins on a peur de l’autre ».

Se réapproprier l’histoire et la mémoire

« Avec ce colloque, Bgayet va pour la première fois faire la lumière sur une période charnière de sa lourde histoire », dira Tassadit Yacine. Partageant le souci de Georges Morin, l’anthropologue a rappelé que le but du colloque est de mettre entre les mains du grand public les résultats des recherches universitaires pour lui permettre de faire parler sa mémoire et se réapproprier son histoire. En illustrant le contexte de l’insurrection de 1871 par les chiffres et les déclarations des militaires de la colonisation française, elle convoqua certaines vérités historiques qui aujourd’hui encore nous font frémir : « 56800 Ha de terre arable séquestrés entre 1871 et 1878, 30 000 morts parmi les insurgés , 300 000 personnes touchées par la famine, les maladies, la destruction des récoltes et les incendies des arbres fruitiers, 5 milliards de francs –Or payés par les Kabyles à la France, les impôts les plus lourds de l’histoire de l’humanité… ». « Dans cette atmosphère de fin du monde qu’avait subi la population insurgée, même le moins attendu des amis de la France pouvait devenir insurgé », expliqua-t-elle pour retracer le parcours atypique du Bachagha Mokrani. Elle évoquera les travaux de Germaine Tillon pour étayer l’idée que le soulèvement paysan de 1871 constitue le départ d’un processus, la genèse du mouvement indépendantiste qui connaitra son expression ultime en novembre 1954.

Prenant le même fil conducteur, Mouloud Kourdache, doctorant en sciences sociales, ira dans les détails de la famille d’El-Mokrani, des particularismes du royaume d’At-Abbas qui s’étendait de la Medjana, au Sahara et du Hodna à Constantine, pour déceler dans l’évolution des contradictions coloniales les origines de cet immense soulèvement paysan. Il déduira de son intervention le changement de monde qu’avait opéré l’insurrection de 1871, le démantèlement de l’ordre ancien par la colonisation et les multiples résistances au tour de l’enjeu principal que constituait la possession de la terre.

Dénationaliser l’histoire coloniale

La politologue Françoise Vergès, spécialiste des logiques postcoloniales, introduira la nécessité d’une désoccidentalisation et d’une dénationalisation de l’histoire coloniale. Une vision large et transversale de la colonisation révélera la substance du même phénomène sur des espaces éloignés de milliers de kilomètres. Stigmatisant l’étroitesse du récit nativiste ou atavique elle replace les mutations coloniales dans le système économique global : «L’histoire continue à être écrite par les vainqueurs. Il faut croiser les mémoires. La colonisation est une longue histoire de prédation, une histoire d’inégalités, d’exploitation. Il y a aussi des logiques économiques à l’œuvre. Tant que l’on continuera à écrire une histoire qui se centre sur l’Hexagone, cela restera une histoire mutilée…. Les Malgaches, les Algériens, les Kanaks, etc. écriront leur histoire, mais la France aussi s’est construite avec ces chapitres. Des chapitres multiples qui interagissent entre eux. On connaît en France l’année 1871 pour la Commune de Paris, mais on ne la connaît pas pour l’insurrection en Algérie et la déportation des Algériens en Nouvelle-Calédonie. Communards et insurgés algériens étaient pourtant dans les mêmes bateaux pour le bagne de Nouméa. Et dans les territoires coloniaux eux-mêmes, il y a plusieurs mémoires. … Il faut repenser plusieurs mémoires sur un même territoire. »

« On n’a pas encore produit les concepts de la rupture avec l’histoire coloniale. Le problème de la langue usitée est une difficulté de plus pour comprendre ce qui s’est passé chez nous. Comment lire les sources de l’administration coloniale qu’il faut séparer de l’administration française ? Le problème des sources dans une culture orale complique encore un peu plus la possibilité d’écriture de notre histoire par nous-mêmes », conclura Fouad Soufi, inspecteur des Archives relevant du CRASC d’Oran , dans sa synthèse de cette riche matinée avant que le débat public animé par l’universitaire Fatah Bouhmila n’élargisse les horizons de la soif de connaitre . Les réponses généreuses n’auront pourtant été qu’une goutte d’eau dans le désert culturel entretenu par le système de stérilisation de l’histoire et de la mémoire installé dans l’école et l’université algérienne.

Le danger du « présentisme »

L’après-midi de ce premier jour verra les interventions s’affiner et le discours autour du soulèvement se préciser et se rapprocher du cœur de l’insurrection comme si le temps s’effaçait et que nous nous sommes connectés au temps de 1871 sans nous rendre compte.

« Comment se construit l’histoire ? Comment est transmise la connaissance ? Comment sont abordées les sources » ? s’interrogea Fouad Soufi, l’historien archiviste. Il décortiqua l’insurrection de 1871 comme un archéologue qui dépoussière une ruine, il passera en revue les acteurs qu’il sema sur une géographie de la répression, relèvera les objectifs et les enjeux principaux qu’était la possession de la terre et les affrontements culturels, (langue, école , santé, religion ) qu’il isolera des détails de l’histoire même si ces derniers ont leur importance ? Il stigmatisera au passage cette tendance lourde qui s’inscrit dans l’air du temps et qui consiste à faire de la religion le moteur de l’Histoire mais aussi cette réduction de l’histoire à des oppositions entre des acteurs au lieu de rechercher l’harmonie et la complémentarité. Soufi posera la question de la visibilité des chercheurs et des historiens :  » Il faut parler de la période 1954-1962 pour se faire une petite visibilité », regretta-t-il.

Qui a travaillé sur l’insurrection de 1871 ? L’archiviste livrera un chapelet de noms de chercheurs et de leurs travaux. Comme un journaliste méticuleux, il répondra précisément aux cinq questionnements de base d’une enquête. Quand a-t-elle démarré cette insurrection au juste ? le 15 mars, le 8 avril, la réponse n’est pas dans une date, mais dans un événement : «L’insurrection fut déclenchée le jour où le Bachagha Mokrani déposa sa lettre de démission, et que la nouvelle fut répercutée sur le pays profond ! Cette rupture dans l’ordre colonial fut la première étincelle alors que le bruit sourd descendait des montagnes et roulait dans les plaines ». Pour conclure l’historien passionné mettra la lumière sur le danger qui guette les intellectuels qui s’aventurent sur le terrain de l’Histoire et qui sans le savoir font dans le « Présentisme » en transférant dans le passé la réalité d’aujourd’hui, voulant expliquer avec facilité les maux du passé avec les mots du présent. Il illustrera cet écueil méthodologique par quelques ouvrages qui ont révisé la période de 1871. A cette déviation s’ajoute la tentation du localisme qui consiste à priver l’événement de sa dimension universelle.

Engagement et mythe du retour

Samia Messaoudi inscrira son intervention sur trois axes : l’histoire de l’émigration, celle du mouvement ouvrier et les profondeurs du contexte colonial, soulignant l’importance de l’oralité dans la construction de la mémoire. Elle remettra le public dans les flots de la déportation des insurgés de 1871 vers la Nouvelle Calédonie en narrant rapidement les conditions inhumaines de ce déracinement esclavagiste ! C’est la trame du livre qu’elle a écrit avec Mehdi Lallaoui «Les Kabyles du Pacifique ». « Mon engagement est né du mythe du retour », dira cette fille d’émigré dont le souci est de produire des outils pour rendre l’histoire plus lisible. Des livres comme « Le silence du fleuve » ou « Les massacres de Guelma et Sétif » et le film « Les Kabyles du Pacifique » sont des œuvres majeures en rapport à deux périodes de l’histoire coloniale qui nous interpellent.

Salah Oudahar, ancien professeur à l’université de Tizi-Ouzou, artiste-memorialiste établi à Strasbourg, a l’habitude et l’art de faire parler les ruines et les vestiges. Il résuma les deux interventions dans la nécessité de la transmission de la mémoire, l’incontournable écoute du legs oral parce que « La terre n’a pas tout dit ».

La première journée se termina par un « one woman show » époustouflant de la brillante comédienne Virginie Aimone du collectif marseillais « Manifeste rien ». L’interprétation mise en scène par Jérémie Beschon contracte un long ouvrage de Benjamin Stora « Les trois exils » qui raconte le triple déracinement d’une famille juive durant la colonisation française en Algérie. La stupéfiante démonstration de la comédienne fut suivie d’un débat public animé par Benjamin Stora, l’auteur du texte, Tassadite Yacine et Virginie Aimone l’interprète de la pièce théâtrale. Le débat de haute tenue tourna autour de faits historiques comme les décrets Crémieux qui accordèrent aux juifs l’accès à la citoyenneté via la nationalité française , et qui fut un des fils de la trame de l’insurrection de 1871, mais aussi par des éclairages sur la genèse de la pensée unique et celle des multiples processus d’exclusion et ceux de l’aliénation et de l’appauvrissement culturel. Par delà l’apport du quatrième art, de l’esthétique et de la poésie à la compréhension de l’histoire, le public interrogea les animateurs sur les techniques de contraction des textes aussi lourds et leur transformation en pièces de théâtre ou en films. Nous nous sommes quitté sur une vérité. « L’Algérie n’a jamais été la patrie d’une seule race, une seule langue, une seule religion ».

L’absence de Raphaëlle Branche pour raison de non délivrance de visa par le consulat algérien avait obligé les organisateurs à revoir le programme dans la soirée. Tassadit Yacine et l’artiste Nourredine Saidi ont retravaillé l’harmonisation des thématiques et le tirage des programmes à remettre au public.

Le drame dans le camp des vaincus

Le second jour ouvrit le registre des témoignages et du désarroi. Modérées par Georges Morin qui fut souvent étranglé par l’émotion, quatre interventions ont plongé le nombreux public dans les drames familiaux, les tragédies humaines, les supplices coloniaux vécus dans une atmosphère de fin du monde rendue par les patients et méticuleux témoignages des intervenants. Slimane Zeghidour, le grand reporter des zones des tempêtes dans le monde, convoqua le registre de la fable pour tirer une morale historique de cette insurrection de 1871 ! « Que reste-t-il de cet événement dans les schémas mentaux, que nous inspire cette révolte ? Tout ce que nous savons a été écrit par les vainqueurs ! La difficulté de trouver des sources internes, cette attitude de refuser de témoigner renseigne sur la mentalité algérienne. Il n’y a pas de narratif national qui fait consensus ». A côté de ses regrets, le journaliste historien tira quelques leçons de cette terrible époque en la comparant à la guerre de libération déclenchée en Novembre 1954, mais également à la révolte des Sipaïs en 1850 en Inde. Décontextualisant toutes ces révoltes, il en tira la substantifique moelle dans la dépossession des colonisés de leur terre mais aussi de l’espace vital général sur lequel ils avaient perdu l’initiative historique. Slimane Zeghidour tira une morale plurielle de cette insurrection de 1871 dont les conséquences sont encore perceptibles dans le mental des Algériens d’aujourd’hui qui ont perdu l’emprise sur leur espace vital. « Le déracinement colonial continue de nos jours et l’abandon de la terre est dramatique, les Algériens sont des spectateurs passifs de leur dépossession. Le lien symbolique avec la terre a été coupé, la terre n’a plus de valeur aux yeux des Algériens. La tenure de la terre est une question non réglée ».

Au tour de Ouanassa Siari Tengour de narrer la tragédie des Ouled Aïdoune dans la région de Jijel et des drames familiaux évoqués par sa grand-mère autour de l’année de Boumezrag. A travers une chronologie détaillée des événements, elle parla des assemblées Chartiyas et de leur rôle de contre-pouvoirs populaires qu’Ageron rapprocha d’une pratique similaire dans la régence de Tunis dans la décennie 1850-1860 et que Mostefa Lacheraf qualifiait de cellules du patriotisme rural. Pour l’historienne Tengour, « l’urgence est de faire parler la mémoire locale orale pour aborder l’histoire des gens d’en bas pour qui l’insurrection de 1871 fut l’événement fondateur de l’identité patriotique ».

La poésie refuge après la fin du monde

Abdelhak Lahlou aborda la thématique poétique pour lire l’insurrection de 1871 dans le discours des aèdes de cette époque de fin du monde. Il reconstruisit patiemment le décor de l’insurrection à travers les textes de Smaïl Azikiw et de Si Mohand Ou Mhand. L’émotion était à son comble dans la salle. Georges Morin qui coordonnait les interventions eut les larmes aux yeux devant ce sentiment d’angoisse et de désarroi affectueusement rendu par la voix chevrotante d’Abdelhaq Lahlou, professeur de littérature française à Paris. Les mots puissants et sans concession de cet homme nous transportèrent dans le monde de la détresse et de la tragédie qui s’étaient jouées dans le camp des vaincus ! Nous apprîmes beaucoup de cette terrible intervention à travers des métaphores d’un monde qui explose, le temps de l’apocalypse, l’effondrement du ciel et la déchirure de la terre. Je crus un moment voir le fantôme de Si Mohand ou Mhand dans ses loques de l’époque survoler le silence de la salle. Des mots nouveaux avaient alors envahis notre langue faite de miel, de laine et d’argile ! Jininar (le général qui nous tuait), Jomitar (le géomètre qui mesurait notre terre saisie) Tnivonar ( Le tribunal qui nous condamnait) et Siqis, le séquestre qui broyait nos âmes et aveuglait nos horizons.

Rachid Oulebsir, le quatrième intervenant, un journaliste écrivain , porta encore le trouble du public au paroxysme en évoquant son parcours personnel de déraciné, son besoin atavique de retourner à la terre narrant la dépossession de ses ancêtres auxquels il avait fallu trois générations de travail pour racheter au prix fort leurs propres terres. Il rapporta ce qui reste de la mémoire collective de la vallée de la Soummam à travers les pratiques de l’humiliation que les supplétifs de la colonisation faisaient subir aux femmes veuves des insurgés déportés, morts ou disparus. Il convoqua la mémoire intérieure à travers une expression devenue proverbiale « Markits a lkhodja techdah » (Inscris secrétaire qu’on se souvienne qu’elle a dansé). Les jeunes veuves étaient contraintes de danser en public jusqu’à épuisement contre quelques litres de grain ! Les femmes réduites par la famine à des loques humaines cédaient au désespoir devant les corps inertes de leurs enfants terrassés par la famine et les maladies ! Le nombre de suicides était fort élevé comme en témoignent certains chants dont les lointains échos nous parviennent encore des dernières voix populaires.

Georges Morin terrassé par ces révélations tragiques eut beaucoup de mal à conclure. Ce fut une matinée où la mémoire locale prit sa revanche sur l’oubli et l’amnésie organisée.

Croisements entre la Commune de Paris et l’insurrection de 1871

Dans l’après midi, Abdelmadjid Merdaci, professeur d’Histoire à l’université de Constantine, reprit le registre de l’analyse sur les résistances anticoloniales pour en dégager des tendances lourdes, des clés de lectures croisées des colonisations à travers l’histoire humaine voire des lois. Le professeur insista sur la nécessité de détricoter l’imaginaire guerrier cultivé dans la société algérienne et remettre l’humain et ses souffrances dans l’histoire de ses résistances à l’occupation de la terre, à sa spoliation et à son abandon. Il présenta brièvement l’historien Benjamin Stora, son œuvre immense sur 40 ans de travail sur l’histoire coloniale de l’Algérie, il parlera aussi de l’affabilité et de la simplicité de l’homme qu’une voix apologétique qualifia de « Patrimoine national algérien ».

« Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réflexions sur le croisement entre la Commune de Paris et l’insurrection de 1871 en Kabylie », s’interrogea Benjamin Stora, pour ouvrir sa longue intervention. Il abordera ces correspondances par la simultanéité des dates et des termes et tirera immédiatement une première conséquence :« S’il n’y a pas eu correspondance c’est parce qu’il y avait deux histoires différentes, une histoire française et une histoire algérienne. Il y avait pourtant des liens possibles, au déclenchement, le problème de la guerre de 1870 et l’affaiblissement de l’armée française, dans l’hésitation et la maturation des soulèvements marqués par le risque de décapitation des élites évoqué dans le livre de Hocine Ait Ahmed «Mémoires d’un combattant » et les conséquences de la défaite de la Commune de Paris et de l’insurrection de 1871, à savoir l’écrasement des insurgés et le besoin militaire de laver l’affront sur le territoire colonial entre autres.

Il eut également d’autres espace-temps de correspondances entre L’insurrection de 1871 qui signa la disparition d’un monde celui du patriotisme rural après la mort symbolique d’El-Mokrani et la commune de Paris qui avait vu la naissance de la classe ouvrière et l’émergence du cadre urbain. Les deux événements avaient généré le démarrage du mouvement migratoire vers la France pour les paysans de Kabylie dépossédés de leurs terres, et de Paris vers toute l’Europe pour les intellectuels réprimés et dépouillés de leur idéal. La question de la répression est également un lien solide entre les deux événements, Ce fut les paysans de Kabylie qui payèrent l’impôt de guerre de la France, 40 milliards de franc-or, un demi-million d’hectares séquestré, lesquelles terres furent données aux Alsaciens-Lorrains écrasés par les Allemands.

L’année 1871 fut une période cruciale dans la recomposition des forces culturelles et sociales tant en France qu’en Algérie. En France, il y eut la naissance d’une république qui se méfiait des classes laborieuses et en Algérie ce fut l’installation de l’Algérie française qui refusa la citoyenneté aux classes laborieuses. 1871 est un marqueur historique évident du passage d’un monde à un autre. Un monde nouveau où l’assimilation culturelle ne s’était pas traduite en citoyenneté politique ».

Hadj Mokrani

Benjamin Stora conclura par cette révélation : « Il y a actuellement 120 chercheurs américains qui travaillent sur l’histoire de l’Algérie soit trois fois plus que de chercheurs algériens et Français réunis ».

En fin d’après midi, la projection du film de Mehdi Lallaoui « Les Kabyles du Pacifique » nous replongea dans l’émotion sur les sentiers verruqueux de la mémoire coloniale. Terrible dramatique, inhumaine, esclavagiste ! Aucun terme ne pouvait à lui seul qualifier cette déportation, cette punition, ce châtiment pensés par des bureaucrates et exécutés par des négriers déshumanisés. Un complément de présentation autour du film fut donné par Samia Messaoudi co-auteure du livre « Les Kabyles du Pacifique ». Le débat animé par Tassadit Yacine et modéré par Wassila Tamzali prit plus d’une heure, de nombreuses personnalités à l’instar de la députée au parlement européen Malika Benarab Atou avaient retrouvé à l’occasion la précieuse tranquillité de l’anonymat. Les nombreux acteurs, organisateurs, et participants s’en allèrent chacun avec son viatique faire sa propre évaluation .Tous reconnurent la générosité du comité des fêtes de la ville de Bejaïa et son dynamique président Kamal Bouchebah, la disponibilité des animateurs de la Ballade littéraire Fatah Bouhmila, Nourredine Saadi, Madjid Menasria et leurs nombreux camarades notamment les deux étudiantes Tin Hinan Kheladi et Wafa Mokrani. Le colloque fut indéniablement, par le haut niveau intellectuel des intervenants et des participants au débat, une belle bouffée d’oxygène et un pas vers la réappropriation de la citoyenneté. Un exemple à suivre et à démultiplier.

Rachid Oulebsir

Avertissement : Cet article n’est qu’une sommaire couverture journalistique, il ne saurait remplacer une revue des actes de ce colloque d’une richesse insoupçonnée.

Colloque international autour de l’insurrection de 1871

Le Théâtre régional de Béjaïa abritera les 6 et 7 mai prochain le colloque international autour de l’insurrection de 1871, organisé par le comité des fêtes de la ville de Béjaïa dans le programme des activités annuelles de La balade littéraire, association d’artistes et de culturalistes au parcours éloquent dans la wilaya de Béjaïa.

Dirigé par Tassadit Yacine, membre du laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, ce colloque réunira de grosses pointures des universités européennes à l’instar de l’historien Benjamin Stora et de l’essayiste Georges Morin, fondateur de l’association contre le racisme antimaghrébin Coup de Soleil et directeur du Maghreb des livres, de Françoise Vergès, du Gold Smith’s Collège de l’université de Londres, connue pour ses travaux sur l’esclavage colonial, des artistes de renom comme le cinéaste Mehdi Lalaoui, et la comédienne Virginie Aimone.
De nombreux universitaires et écrivains d’Algérie spécialistes de l’histoire coloniale comme Abdelmadjid Merdaci, Slimane Zeghidour, l’écrivain Rachid Oulebsir ou encore Samia Messaoudi, apporteront une vision intérieure et une lecture plus locale de ce que la mémoire collective a retenu de cet épisode historique qui a jeté les premiers fondements de l’algérianité. Une quinzaine d’intellectuels des deux rives de la méditerranée déclineront durant deux jours des thèmes centrés sur les origines de l’insurrection, son contexte historique et les drames qui s’étaient joués dans le camp des vaincus, les destructions de villages et d’institutions cultuelles comme les zaouias, les humiliations, les impositions répressives, le séquestre collectif des terres, les déportations de populations vers la nouvelle Calédonie, la Guyane française et la Corse… A coté des thèmes généralistes, figurent au programme également des monographies sur des lieux de mémoires de cette insurrection comme Seddouk, le village duquel est partie la révolte le samedi 8 avril 1871 sous la houlette du cheikh Aheddad, maître de la confrérie Rahmania, le village de Lakhdaria (ex-Palestro), les hameaux de Jijel, les collines de Medjana, territoire des Mokrani, les portes de fer à l’orée du Hodna, et des témoignages recueillis dans la haute vallée de la Soummam… Une exposition d’art donnera à voir au public durant deux jours les œuvres du photographe Salah Oudaha. A coté des conférences-débats, une pièce de théâtre sera jouée et un film projeté. Le collectif Manifeste rien jouera avec Virginie Aimone et Jeremy Beschon les Trois exils, un texte écrit par Benjamin Stora qui met en scène la condition humaine à travers un pan de l’histoire de l’Algérie. Le public aura le loisir de débattre avec les acteurs et l’auteur du texte. Le film de Mehdi Lallaoui les Kabyles du pacifique, reconstitue le périple des déportés de 1871 ayant fait souche dans le pacifique. Cette histoire croise le destin de trois populations de déportés, les Kabyles, les Communards de Paris et les Kanaks. Le débat autour du film sera animé par l’auteur et modéré par l’écrivaine Wassyla Tamzali. Organisé dans un lieu public ouvert, ce colloque s’adresse aux citoyens en dehors du carcan élitiste universitaire, aussi les planificateurs, à leur tête le musicologue Malek Bouchebah, ont-ils vu grand, veillant au grain sur le plan logistique pour garantir un séjour confortable à tous les invités. Des ballades touristiques autour de Béjaïa sont programmées pour joindre à l’utile l’agréable.

Rachid Oulebsir

Na Chrifa : je suis abondonnée

Même si elle ne peut plus marcher, sa voix et sa mémoire sont intactes. Elle se souvient parfaitement bien du moindre détail de sa vie. C’est lors de sa visite à Seddouk Oufella que nous avons sollicité d’elle un entretien qu’elle nous a gentiment accordé. Une occasion pour l’artiste qu’elle est d’interpeller les hautes autorités du secteur de la culture sur sa situation difficile après une carrière de plus de 50 ans.

La Dépêche de Kabylie : Racontez-nous comment vous vivez votre vieillesse ?

Nna Cherifa : Je suis vieille. Je ne sers plus à rien. Voilà pourquoi personne ne cherche après moi. J’ai fait 3 fois le pèlerinage à la Mecque, je ne vous mentirai donc pas si je vous dis qu’hormis quelques coups de téléphone, personne ne se donne la peine de venir me voir. Pourtant, j’ai tant besoin de voir mes amis et ceux qui apprécient mes chansons. Je me sens vraiment seule et abandonnée. Voilà comment ma vieillesse se passe.

Pourrions-nous savoir où vous vivez actuellement ?
J’ai vécu toute ma vie à Alger. A présent, je suis une véritable SDF. Je suis partout et nulle part. C’est ma famille du bled qui est Dieu merci venue à mon secours, je ne peux vous en dire plus. Que Dieu bénisse ma famille.

Etes-vous au courant que le ministère de la Culture a promulgué une loi, accordant une pension et la prise en charge médicale pour les artistes sans ressources qui dépassent 60 ans ?
Non, je ne le savais. Croyez-vous que si je le savais je ne resterais dans cet état. Et en plus, qui me le dirait ? L’endroit où je réside actuellement est très retiré. Je suis coupée du reste du monde. Je n’ai personne qui puisse faire les démarches pour moi. Et Dieu sait que j’ai le plus grand besoin de cette pension.

Aucun de vos anciens camarades artistes n’est venu vous rendre visite ?
Personne ! Même ceux avec qui j’ai partagé des joies et des peines m’ont oubliée. Il n’y a plus de solidarité entre artistes.

Et si nous parlions de ces quelques jours de pèlerinage au village de Cheikh Belhaddad ?
J’étais sur un lit d’hôpital quand le téléphone a sonné. Une personne m’appelait pour me demander si elle pouvait venir m’emmener visiter le village de Cheikh Belhaddad, à l’occasion du 08 mars, fête de la femme. Je n’ai pas hésité une seule seconde. J’ai répondu oui. Et Dieu m’a donné la force nécessaire pour effectuer ce pèlerinage. Je suis arrivé jeudi dernier. J’ai été accueilli par Abdelhamid, le petit fils de cheikh Belhaddad. J’avais fait sa connaissance du temps où j’animais Ourar L’khalat à la RTA. Il était régisseur. Le lendemain de mon arrivée ici, vendredi matin, une foule immense est venue me voir et m’accompagner dans ma visite de la tombe de cheikh Belhaddad. J’avoue que depuis mon arrivée, la demeure d’Abdelhamid ne désemplit pas. Les gens arrivent de partout pour me voir. Le samedi, 8 mars, une cérémonie a été organisée en mon honneur. Une longue procession de femmes m’a accompagnée de la maison d’Abdelhamid jusqu’à l’école primaire. En marchant, nous chantions en chœur mes chansons et les hommes laissaient parler le baroud. Femmes et hommes filmaient et prenaient des photos. Ce fut une journée mémorable que je n’avais jamais vécue de ma vie. Tout cet amour que les gens me témoignaient m’a fait chaud au cœur. Je sais maintenant que ma cote de popularité est restée intacte. Cela faisait longtemps que je n’avais pas animé un Ourar, mais j’ai quand même bien réussi celui de samedi après-midi.

Parlons un peu de vos débuts dans la chanson, si vous le voulez bien…
J’étais orpheline. La personne qui m’élevait a fait de moi une bergère. En grandissant, je me rendais compte que ma vie serait gâchée si je restais là. J’ai décidé alors d’aller dans la grande ville qu’est la capitale. Une fois à Alger, j’ai rencontré un groupe de femmes dont Lla Yemna et Lla Zina qui m’ont emmenée à la RTA où elles se produisaient déjà. A partir de là, j’ai fait de la chanson mon gagne-pain.

Combien de chansons avez-vous à votre actif ?
Malgré le fait que je n’ai jamais été à l’école, j’ai composé plus de 200 chansons. Certaines n’ont même jamais été éditées. Mais ce sont les galas qui font vivre un artiste. Et depuis que je ne peux plus en animer, je suis sans ressources.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes chanteurs ?
Je leur dirai qu’il faut reprendre le flambeau et prendre l’art très au sérieux. Le travail est le seul garant de la pérennité de toute culture.

Interview réalisée par L Beddar

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Na Ichouche Ou Ayadh, un témoignage sur la guerre d’indépendance

Dans le prolongement du livre de Da Rachid Adjaoud

 » Le dernier Témoin » sur les débuts de la révolution dans la région de Seddouk, je vous propose cette fois un témoignage vidéo de Na Ichouche Ou Ayadh

sur un épisode de la guerre d’indépendance, le regroupement des populations dans le but d’ isoler les Moudjahidine de la population .Le village de Seddouk Ouffella , était une zone interdite et ses habitants ont été déplacés et regroupés dans les villages voisins ( Seddouk-oudda, Tibouamouchine et Ighil N-Djiber ), ce qu’on appelait les réfugiés ( Rifigi

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