111. Histoire et présentation de Seddouk Ouffella

Seddouk Ouffella est l’un des plus vieux villages de la région, il a environ 8 siécles. Accroché au versant nord du mont ACHTOUG lequel culmine à plus de 1000 m d’altitude et faisant face au mont AKFADOU, il offre une vue imprenable sur la vallée de la SOUMMAM. la légende attribue le nom de SEDDOUK à « SADOK », un terrible brigand sans foi ni loi qui faisait regner la terreur dans toute la région.Cruel et cupide, il dépouillait les villageois de leurs récoltes et cheptel ne leur laissant que de quoi survivre .On raconte qu’un jour, il rentra dans une rage folle et écartela un enfant auquel on a eu la faiblesse d’offrir une cuisse de poulet qui lui était déstinée au diner. Cet acte ignoble révolta les villageois qui le tuèrent lui et ses hommes.

L’histoire , elle , ouvrira ses portes à SEDDOUK , avec le plus illustre des ses enfants : CHEIKH MOHAND AMEZIANE AHEDDAD, chef de la toute puissante confrérie ER RAHMANIA.Le 8 avril 1871,à l’age de 80 ans , il lança un appel à la guerre sainte contre la présence coloniale, souleva en quelques jours les tribus des deux kabylies en une formidable insurrection aux cotés du BACHAGHA EL MOKRANI de Medjana (Sétif ).Cette insurrection de 1871 fut l’une des plus importantes qui ont précédé la révolution de novembre 1954 qui a conduit le peuple algérien vers l’indépendance en juillet 1962. Le soulèvement fut réprimé dans le sang par l’ occupant: CHEIKH AHEDDAD fut emprisonné à Constantine ou il mourut et inhumé, ses terrres et ses biens confisqués, son fils AZIEZ, exilé au moyen orient et ses milliers de fidèles déportés en Nouvelle Calédonie. Dès les premières années de l’indépendance, la demeure de CHEIKH AHEDDAD, fut entièrement rénovée par les » LES KHWAN  » fidèles de la confrérie ER RAHMANIA. Périodiquement, et de toute les contrées , des cars bondés d’hommes et de femmes arrivent au village.Dans une discipline quasi militaire, par groupes ils se dirigent vers le sanctuaire de CHEIKH AHEDDAD en entonnat des chants lithurgiques d’une beauté sublime rythmés par le son de leurs bendirs.

40 ans après, SEDDOUK OUFFELLA, reste un lieu de pèlerinage et un repère de l’histoire nationale.La date du 8 avril est célébrée chaque année et les festivités commémorant son centenaire en 1971 sont encore dans les memoires.Il a vu la visite de nombreux officiels notamment des chefs de gouvernement ayant fait maintes promesses bien sur souvent non tenues.

Aujourd’hui, le village offre un visage méconnaissable résolument tourné vers l’avenir.De belles maisons neuves s’ élèvent sur les décombres des vieilles bâtisses traditionnelles et un peu partout le long des des routes,une coquette école primaire accueille une centaine d’ élèves, un foyer de jeunes réalisé et entretenu avec l’ aide de la communauté émigrée de France…
A l’instar des autres villages de kabylie, SEDDOUK OUFFELLA est équipé de paraboles individuelles pour la réception des programmes notamment des televisions françaises.

Seddouk Ouffella compte environ 800 habitants,dont plus de la moitié sont jeunes, 266 sont scolarisés ( 97 pour le primaire, 72 au collège , 67 fréquentent le lycée et une trentaine sont de niveau supérieur.)

Au plan économique, Seddouk Ouffella à l’instar des villages de kabylie, est pauvre. Bien avant l’arrivée des colons français la culture de la figue, de l’olive ainsi que du caroube constitue sa seule richesse.La nature montagneuse de ses terrres ne permet pas d’autres cultures notamment les céréales, sauf quelques parcelles de quelques hectares sur lesquelles quelques familles cultivaient de l’orge qui est destiné à leur propre consommation et celle des animaux ( chèvres, boeufs, ânes..)

Les villageois pendant la colonisation et les premières années de l’ indépendance descendaient à dos d’ane à TIZI L’ DJEMMA actuel SEDDOUK CENTRE pour vendre une partie de leur récolte et faire des provisions de café, sucre,savon, semoule et autres produits.

La misère a très tôt poussé les fils du village à l’ exil vers la France bien avant la deuxième guerre mondiale pour aller travailler d’ abord dans les mines pour extraire du charbon et d’ autres minerais et ensuite dans les usines de montage automobiles et par la suite dans le bâtiment pour reconstruire ce qui a été détruit par la guerre.

Après l’indépendance du pays en 1962 , la vie quotidienne des villageois n’avait guère changé, les espoirs né de l’independance ont vite laissé place à la desillusion.Le mouvement d’emigration s’est accentué et organisé par l’état la fin des années 60 et début des années 70.Chaque famille a vu partir un des leurs laissant femmes et enfants .Le regroupement familial autorisé en 1976 a permis à certaines familles de partir définitivement en france.

La politique de développement prônée par BOUMEDIENE a crée un autre phénomène celui de l’ exode rural, ou ce que l’ on peut appeler l »émigration intérieure », l’industruialisation de l’Agerie post indépendance a permis à beaucoup de paysans de quitter leurs terres et aller chercher du travail dans les grandes villes du pays notamment Alger.
Aujourd’hui encore Seddouk Ouffella vit grâce au soutien financier de l’émigration.La première génération d’ émigrés est aujourd’hui à la retraite,et leurs pensions de retraite permettent à de très nombreuses familles de vivre dans de bonnes conditions.

A ce jour à Seddouk Ouffella existe encore un petit artisanat perpétué par la famille IHEDDADEN ( Da Chrif, Da Nacer et Mohand Akli ), il s’agit de la forge du village qui est renommée dans toute la région.Qui n’a pas vu la fumée du charbon se dégager de la cheminée de la forge en allant puiser l’eau à la fontaine , ou n’a pas entendu la mélodie du marteau qui percute l’enclume pour façonner de nombreux outils pour les paysans, aiguiser les couteaux à l’approche de lAid et encore fabriquer des fers à cheval qui garnissent les pattes des mulets et ânes presque de toute la région.La famille IHEDDADEN dirige une nouvelle huilerie à LEQWRI à la place de la minoterie tout près de l’école CHEIKH AHEDDAD. 

Au plan culturel et artistique Seddouk Ouffella reste pionnier en la matière AvecMohand U Beslqacem dit « azerzour », moi je préfère Mohand tout court, sa réputation a dépassé la vallée de la soummam , il a écrit et interprété depuis presque 40 ans des centaines de chansons, a animé des milliers de mariages et de concerts dans toute la région et a accompagné tous les mouvements sociaux en commençant par »AYA FELLAH » en hommage aux paysans à l’ occasion de la  » révolution agraire » qui à l’ époque a suscité beaucoup d’éspoir et d’ enthousiasme , « SEDUQ FELAK ITS GHENIGH » à l’ occasion du centenaire de l’ insurrection d’EL MOKRANI et CHEIKH AHEDDAD », « JSK » quand l’ équipe était le porte drapeau et le symbole du mouvement berbère, il a chanté l’ amour avec sa chanson sublime « NADIA », le désespoir et la mélancolie avec entre autre « ANFIYI AD RUGH F THEMZIW », certaines de ses chansons sont malheureusement prémonitoires, TAJNANTS, OURGAGH, elles décrivaient bien avant que cela ne se produise les drames qu ‘a vécus le peuple algérien cette dernière décennie. Smail est le premier a avoir introduit au village la musique moderne, c’est un auteur et un interprète il s’ inspire du courant des prestigieux groupes IDEFLAWEN, IDIR, MEKSA, SI MOH et bien d’autres.Smail est un enseignant comme Mohand, ils sont devenus complémentaires et inseparables.Dans le sillage de Mohand et Smail, on trouve de nombreux jeunes qui émergent notamment Slimane et son frère.

A Seddouk Ouffella aussi on trouve NA WERDIA OU SI AAMAR, une illustre animatrice des mariages et fêtes de toute la région.

Seddouk Ouffella a aussi son artiste peintre, ses portraits et tableaux sont exposés un peu partout en Algérie, il s’ agit de BACHIR BENCHEIKH qui vit à Alger.Il a dessiné de nombreux tableaux à Seddouk Ouffella , il continue à le faire à chaque fois qu’ il vient au village.A signaler aussi que Mohand Ait Ighil connu sous le nom de « Muhand U Hmed »est originaire de Seddouk Ouffella ,à son actif de nombreux ouvrages en Tamazight sans oublier Lekhal Belhaddad, cithariste ( Qanunudji) célèbre pour avoir accompagé de nombreux artistes nationaux et étrangers notamment El Hachemi Guerrouabi et Enrico Macias

Merci à Mohand et Smail pour leurs contributions pour réaliser cette courte page de présentation de notre village.

Hamane