Ramadhaniettes

Ramadhaniettes

par Mohand Bouzerzour

Il est parti. Sir Ramadhan a tiré sa révérence laissant la vie diurne reprendre ses droits. C’est avec un réel pincement au cœur que nous avons dû nous séparer du mois sacré particulièrement cette année tant il a été généreux et sympathique. En effet, une heure après la rupture du jeûne, c’est l’effervescence totale ; tout le village est dehors. Les ruelles, la place et la mosquée grouillent de monde. Que de cris, de rires, de mouvements … Au cœur de voix des fidèles psalmodient le coran en entonnant des chants liturgiques répercutés par les hauts parleurs de la mosquée se mêlant le brouhaha de la place, les cris des gens qui s’interpellent, les éclats de rires et le claquements des dominos, Archem ! Awid âachrin ! Tout ça accompagné de l’odeur du thé à la menthe, de Quelb-ellouz et autres gâteries. Trente nuits de fêtes an attendant l’Aïd…

A l’autre bout du village, au café-théâtre de Tchoupa, c’est une autre ambiance. Tous les amoureux de la musique et de la chanson s’y donnent rendez-vous. Pratiquement, deux à trois fois par semaine bonjo, violon et mondole se donnent la réplique et les artistes de la région se relaient au grand bonheur des jeunes et moins jeunes. En guise de cerise sur le gâteau, une agence de tourisme n’a pas trouvé mieux que de jeter son dévolu sur notre village. C’est ainsi que nous avons eu le plaisir de recevoir plus de 80 touristes dont la majorité sont américains ; mais il y avait aussi des allemands, des suisses, des italiens, des japonais, des australiens des deux sexes. Les jeunes de l’Association du village dont la dénomination est désormais Tarwa n Sedduq  » au lieu de  » Isulas  » s’est surpassée en cette heureuse occasion. Nos visiteurs étaient comblés. Et comment ne pas l’être en effet, quand tout le village se mobilise pour vous accueillir ? Arrivés la veille de l’Aïd vers 14 h sous une forte escorte des services de sécurité, ils ont été scindés en trois groupes avec pour guides les jeunes universitaires du village maniant parfaitement la langue de Shakespeare. Nos hôtes ont eu d’abord à visiter une maison berbère traditionnelle avec son Adaynin, Taâricht, Lekder, et ses Ikoufan et là, ils ont dansé au rythme du bendir de notre légendaire NA OURDIA OU SIÂMAR, puis ils eu à visiter la maison de Cheikh Aheddad où une exposition de photos, portraits et documents leur a permis d’avoir un aperçu sur cet illustre personnage et son insurrection du 08 avril 1871 contre le colonialisme français. Pour clore une visite de plus de deux heures, une collation leur été offerte. Ils ont eu à faire connaissance avec l’art culinaire berbère à travers plus d’une dizaine de plats traditionnels : Aghroum sous toutes ses facettes, le couscous, Tiâasbanin, Adhemmin etc … Emporté par l’ambiance du moment et voulant montrer aux visiteurs comment déguster une figue sèche avec de l’huile d’olive, l’un des guides n’a pas hésité à joindre le geste à la parole précipitant ainsi la rupture du jeûne de près de deux heures sous les rires indulgents des présents. Nos touristes ravis sont repartis vers 16 h 30 accompagnés de gestes d’adieux de toute la population. Et pour couronner cette fabuleuse période de la vie du village, décision fut prise d’organiser une Timechret (louziâa) et une soirée musicale et théâtrale la veille de l’Aïd. Tous les nécessiteux du village ont été pris en charge grâce à un don de 90.000,00 DA provenant d’un … jordanien. Hé oui ! Nous avons même eu l’honneur de compter le Directeur de Radio Soummam parmi les participants de louziâa. Quant à la soirée artistique, il fallait voir ! Une réussite totale ! Ils sont venus de partout. Le dit lieu El bordj était inondé de monde. Les chanteurs et comédiens ont rivalisé de talents pour donner de la joie à un public connaisseur et reconnaissant. Ça a chanté dansé jusqu’à 3 h du matin. Enfin et toujours dans le domaine culturel, un comité communal des fêtes a été créé et me voilà président. Je vous en parlerai plus tard … au prochain ramage –

A bientôt.

Seddouk Oufella, le 27 octobre 2006