CHEIKH AHEDDADH , l’insurrection de 1871

CHEIKH AHEDDADH , l’insurrection de 1871

Par Lounis Belaitouche dalounis@yahoo.fr

C’est Cheikh AHEDDAD qui a fait entrer SEDDOUK et sa région dans l’histoire contemporaine de l’Algérie non sans avoir consulté les grands chefs de guerre de l’époque tels que : Si El Vachir Awaghliss, Si Mokrane Igawawen, Si Moh OUIDIE Afnay et certainement beaucoup d’autres. Toutes les tribus consultées avaient promis de rejoindre le vénérable Cheikh un certain jour de marché hebdomadaire à Seddouk coïncidant avec le 8 avril du calendrier grégorien. Seddouk qui en nos temps est ce chef lieu de daira, ville accrochée a l’ubac de la chaîne de montagne des Bibans surplombant la vallée de la Soummam et contemplant paisiblement le Djurdjura.

Qui est Cheikh AHEDDAD?

Cheikh Mohand Ameziane ben Ali AHEDDAD est issu d’une famille dont on dit originaire d’Ath-Mansour que beaucoup confondent car dans la région il y aurait
deux Ath-Mansour. Les premiers se trouvent du coté de M’chedallah et les seconds sont situés en haut des Ath-Waghliss dans le massif de DJURDJURA en l’actuelle daïra de Sidi-Aich. Cette famille se serait déplacée à Tifra dans la même contrée avant d’enjamber l’oued Soummam pour rejoindre Amalou puis Seddouk et une branche de cette même famille a été encore plus loin pour s’installer en haut des IZNAGUEN dans un village appelé Thadarth Ihedadhen.
Celle parti vers Seddouk donnera naissance au Grand Cheikh qui fut le chef incontesté et incontestable de l’ordre religieux des Rahmania dans la région. Le nom AHEDDAD donné à cette famille se rapporterait au second métier qu’exerçaient les hommes de cette tribu qui principalement sont des imams sinon des forgerons .Cela a donné le nom de Cheikh Aheddad car même en
officiant en imam ils n’ignorent rien du travail du fer.D’ailleurs la dernière forge des descendants du cheikh a survécu jusqu’aux années 1980 dans un village
enfoui dans la chaîne de montagne des Bibans, plus exactement à « AZROU N’SATOR » chez  » Akham Ou Si Amer » ou feu Hadj Tayeb était un grand forgeron et son frère Chikh Lounis un imam de renommée dans cette région ce village se trouve dans la commune de Colla dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj qui a eu a connaitre El-Mokrani, compagnon du Cheikh pour les hauts faits de résistance..

Oeuvre du vénérable Cheikh

Le Cheikh qui devait avoir presque 80ans en 1871 était le représentant unique de la confrérie des Rahmania et était le maître incontesté de cet ordre religieux.
Ce titre lui proféra une aura inégalée dans la région et même hors de la contrée tant les populations autochtones de l’époque se cachait derrière les érudits en matière de religion par piété ou par fuite a l’ennemi, le roumi venu d’ailleurs les spolier de leurs terres vivrières. Cheikh AHEDDAD était père de enfants, l’un était Caïd à Amoucha du coté de Sétif et l’autre, un fidèle compagnon de BOUBAGHLA un autre héros de la lutte anti-coloniale dans la vallée de la Soummam et très connu surtout dans l’arch des Ath- M’likèche. Avant d’atteindre cette sagesse et d’avoir capitalisé son savoir Mohand Ameziane a été choisi des son jeuneâge par les habitants de son village Seddouk-Oufella pour être un imam et un enseignant sans pour autant qu’il en soit issu d’une famille aristocratique comme le voulait la tradition d’alors La fin de l’nsurrection et celle du Cheikh: 1873

Effectivement une fin tragique s’est produite en 1873. Il s’agit de celle de l’insurrection et de celle du Cheikh qui mourut le 19 avril 1873, soit quelques
jours après sa lourde condamnation, malgré son âge par un tribunal colonial de Constantine.Le Cheikh fut arrêté l’été 1871, le 13 du mois de juillet après un
grand et long siège de toute la région de Seddouk. Après un soulèvement que le Cheikh aura provoqué et guidé ne serait-ce que spirituellement, la cour d’assises le condamnera à 5 années de prison. Devant ses juges bourreaux il eut ces mots : » la France m’a condamné à 5 ans de prison et mon Dieu ne laissera encore vivre que 5 jours ». En effet il mourut durant le mois ou fut prononcée la sentence. La fameuse phrase prononcée par le valeureux et
vénéré Cheikh restera a jamais dans l’histoire de la lutte, lorsqu’il dira en faisant tourner sa canne de vieux autour de sa tête « nous jetterons comme ça les
impies a la mer ». Toute la région aura après la défaite et la mort de Cheikh Aheddadh a subir les affres du colonialisme avec son lot de souffrances ,d e déportations, d’expropriations et autres supplices qui ont eu a déstabiliser jusqu’à l’ordre préétabli dans cette contrée. Maître spirituel des lieux, le cheikh a laissé derrière lui tout un héritage qui au fil des ans risque de se perdre. Sa kheloua (lieu de méditation) qui se trouve dans sa zaouïa est un lieu de haut fait historique qui en principe devrait être classé monument historique et culturel. A ce jours il n’y eut que quelques dépôts de gerbes de fleurs synthétiques a chaque mois d’avril et sans plus. Dernièrement il semblerait que les autorités de wilaya auraient été sensibilisées et consenti une enveloppe
financière pour pouvoir entreprendre des taches de sauvegarde du site avant sa disparition et peut-être de restauration ensuite.

Lounis BELAITOUCHE Avril 2007