STATION THERMALE SIDI YAHIA EL AÂDLI

Un site touristique à l’abandon

 A peine le pont de Biziou franchi, nous laissons derrière nous la zone d’activité de Taharacht, fleuron industriel de la région d’Akbou et  nous ous retrouvons au pied de la grande muraille de la montagne de  Gueldamen qui dissimule le coeur du douar Ath Aadel, Le lieu où nous devons nous rendre. Cette muraille se dresse devant nous comme un rempart infranchissable. Le pont débouche sur un troischemins » saturé de plaques de signalisation signalant diverses destinations. La route
 longe l’oued Soummam, lequel est tari même en hiver, où seul un ruisselet scintille comme un serpent de verre. Le lit de l’oued est dominé par  des engins qui extraient du sable. A gauche, se trouve la montagne aux multiples contreforts dominés par les garrigues, les maquis et des  arbres rabougris ainsi qu’une végétation drue que limitent des rameaux d’oliviers et des régiments de figuiers. Nous sommes à la mi-février, période de début de végétation augurant un printemps qui s’annonce des plus beaux cette année. En empruntant cette route bordée par des  maisons pavillonnaires, alignées des deux côtés, nous étions fascinés par ce que la nature a façonné comme environnement sauvage de toute beauté, un paradis de l’escapade et de l’escalade. En franchissant le canyon de  cette muraille, nous découvrons des paysages enchanteurs caractérisés par des herbes folles et des fleurs qui jaillissent de terre. Cet ensemble  forme une immensité verdâtre dominant une vaste prairie ensemencée à certains endroits et laissée en jachère en d’autres. Des panoramas splendides, d’une vue imprenable, caressent le regard, dépaysent la vue et impressionnent l’esprit par l’ensemble des subtilités venant des  villages kabyles, aux ruelles proprettes et ardentes qui juchent sur les sommets  des collines comme des forteresses inexpugnables ou collés aux flancs de
celles-ci comme des ventouses. Au bord de la route, sous la guérite  d’une fontaine asséchée, un berger, tenant à la main une cane, garde un œil sur son troupeau et rabat une brebis galeuse qui s’aventure à se  détacher du groupe, la rappelant à l’ordre avec une pierre lancée à l’aide de sa houlette, et un autre oeil sur la route, comptant les voitures ou renseignant les passagers qui le lui demandent. Ce jeune homme, n’ayant  pas fréquenté la grande école, sait parfaitement vanter les mérites de hammam Sidi Yahia et sa région. « Vous savez, cette station où vous  vous dirigez apporte soins et détente à ses visiteurs potentiels,  occasionnels ou habituels. La plupart de ceux qui viennent une fois ne peuvent s’empêcher d’y revenir d’autres fois de part les remèdes qu’ils y trouvent », nous dira ce jeune paraissant très hospitalier à l’égard des touristes. Un peu plus loin, un panneau de signalisation indique un petit chemin à prendre pour se rendre à la station. Ce chemin étroit, pentu, sinueux et saturé de crevasses, d’incisions et de nids- de-  poule est un indice révélateur de l’abandon par les pouvoirs publics d’un monument centenaire du tourisme qui a résisté aux forces de la nature  et aux effets du temps. Cette route continue par un chemin étroit qui débouche sur un petit parking ne pouvant contenir plus 10 véhicules légers ou nous avons pu constater des véhicules serrés les uns aux autres par faute de places et immatriculés de toutes les wilayas avoisinantes avec prédominance de celle de Béjaïa. L’accès à la station se fait par un petit chemin piétonnier taillé à même les rocs. Au détour d’un virage apparaît la station, se languissant au soleil ‘hiver, nonchalante et accueillante tant le calme qu’on y trouve est  doux. Au -delà du charme de ce joyeux millénaire qui a fait le bonheur de plusieurs générations et malgré son abandon par les pouvoirs publics  qui n’ont pas daigné lui accorder un investissement des plus banals, cette station ressemblant à un gîte rural qu’on aurait classé comme une merveille ailleurs, fonctionne toujours avec des infrastructures  laissées par la colonisation, devenues de nos jours obsolètes. L’enchanteresse  nous
lance son cri de détresse. Entre deux falaises séparées par l’oued Bousellame, l’influant de l’oued Soummam, le relief accidenté a fait qu’une lignée de petites maisonnettes séculaires datant du temps des Turcs collées telles des ventouses à un flanc rocheux et construites  avec de la terre et des pierres grises et blanches locales et charpentées  avec des tuiles rouges traditionnelles dont certaines frisent l’effondrement mais tenant encore le coup en rendant encore des services aux familles  qui se détendent à l’intérieur après la baignade loin du regard des autres. Tout au fond un café maure grouille de la gent masculine sirotant des cafés, thé ou tisane encore fumants ou des limonades. Ce sont les seuls produits commercialisés par cette taverne de fortune. Tout en bas, à la
lisière de l’oued, l’endroit magique composé d’une minuscule pièce servant de hammam ne pouvant contenir plus de 10 personnes ce qui  explique les baignades à tour de rôle pour les nombreux adeptes. A l’intérieur, un brouillard de chaleur étouffant induite par les eaux bouillantes coulant d’un siphon à grand débit dans un bassin ou trois personnes trempaient leurs pieds et avec les mains ils remplissaient de cette eau  des ustensiles qu’ils déversaient sur leurs corps. Certains téméraires s’échaudent le corps en le plongeant dans le bassin. Sur la banquette faïencée deux autres personnes allongées se détendent en attendant leur tour. Cette chaleur provoque une transpiration intense favorisant une dilatation des pores de la peau, ce qui permet l’évacuation efficace de toutes les impuretés. Une telle séance de bain vapeur permet aussi à l’organisme de récupérer plus facilement après un effort et d’éviter des courbatures. La station thermale fondée par Sidi Yahia el Aadli  sise dans la commune de Tamokra dans la wilaya de Béjaïa est réputée aussi pour ses eaux lui reconnaissant d’autres vertus jugées essentielles, notamment les soins thérapeutiques et les relaxes éliminant le stress.  La liste n’est pas exhaustive. Si l’on s’en tient à cela, avant, les  femmes kabyles cloîtrées à la maison trouvent aussi leur compte en allant à cette station. C’est aussi le lieu de rendez -vous idéal pourla gent féminine, une occasion de sortir, rencontrer d’autres femmes venues de loin dans un lieu où elles sont entre elles et où elles peuvent s’exprimer librement. Située dans une région montagneuse, c »est aussi  un coin idéal pour les amoureux de la nature cherchant calme, tranquillité et détente loin du quotidien stressant de la ville. Autant de bienfaits n’ayant pas encore attiré l’attention des pouvoirs publics qui l’ont laissé dans un état pitoyable, alors que s’ils décident un jour de la moderniser par la réalisation d’infrastructures dignes de ce nom qui puissent attirer des touristes nationaux et étrangers, c’est toute la région d’Ath Aidel qui sortirait de l’enclavement. Les dividendes viendraient récompenser des populations qui ont donné un lourd tribut humain et matériel durant la révolution. Ils ne demandent pas plus que justice leur soit rendue. 

L.BEDDAR