Les déportés de la Nouvelle Calédonie: un documentaire AL JAZEERA

Un reportage émouvant sur les descendants des déportés algeriens de la Nouvelle Calédonie à la suite de l’insurrection de 1871 d’El Mokrani et de Cheikh Ahaddad.Ils étaient plus de 2 000 a être arrachés à leur terre et exilés sur une ile lointaine d’ou ils ne reviendront presque jamais.Aujourd’hui leurs descendants sont à la quête de leur identité, de leurs racines et de leur histoire.

Rachid Adjaoud, acteur et témoin de la guerre d’indépendance

  A la veille de la célébration du 60 ème anniversaire du déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954, je tiens ici à rendre  spécialement hommage à Da Rachid Adjaoud pour son obstination à poursuivre son œuvre de pédagogie à travers les différentes  conférences et rencontres auxquelles il prend part tout au long de l’année , mais surtout au travail de mémoire auquel il s’attèle dans le cadre de la

poursuite de l’écriture de ses témoignages sur la guerre d’indépendance.

Je l’ai rencontré il ya une semaine à Seddouk , chez lui dans un local spécialement aménagé en bureau, salon d’accueil mais aussi en salle d’exposition dans laquelle son accrochés de nombreux portraits de chouhada de la guerre de libération. Dans l’entretien que j’ai eu avec lui ,il m’a appris que son livre « Le dernier témoin » a non seulement été réédité par sa maison d’édition mais aussi traduit en arabe en raison de son succès rencontré auprès du public.. Quant à son deuxième livre, il est quasiment fin prêt, Da Rachid m’a indiqué qu’il manque juste la préface que le professeur Aissani de l’université de Bejaia aura l’honneur de rédiger.

J’ai’ eu bien sûr le privilège de feuilleter les quatre volumes du manuscrit de son prochain livre intitulé « La guerre de libération, Récits et témoignages » (photo).

 Da Rachid consacre tout son temps -hormis les quelques rendez vous pour ses soins-

à la révolution, il est sollicité à la fois par les officiels mais aussi par des associations et des écoles, il a reconnu qu’il ya un déficit en terme de la connaissance de l’histoire de notre glorieuse révolution surtout des jeunes, la raison principale selon lui est du au fait que la majorité des moudjahidine ne sont pas lettrés et par conséquent éprouvent des difficultés à transmettre leurs témoignages hormis oralement, il s’estime dans ce cas privilégié.

 Je ne peux clore mon propos  sans relater le récit de Da Rachid à propos de la rencontre qu’il a eue avec la fille du Docteur Rachid Amrane , installé comme médecin à Seddouk en remplacement du Docteur Ferry, puis quitta la ville précipitamment sur ordre des autorités civiles et militaires pour la France, il garda depuis le silence jusqu’à sa mort.

 Sa fille prit le silence de son père comme un soupçon de trahison à l’égard de la révolution et a décidé de revenir sur ses traces dans le but connaitre la vérité à propos de ce silence trop lourd à porter. Arrivée à Seddouk, elle a été dirigée vers Da Rachid qui lui a appris qu’il connaissait bien son père et les circonstances l’ayant conduit à quitter le pays précipitamment du jour au lendemain et qu’en plus , très jeune il était ami de la famille du docteur Amrane .En gage de preuve de cette amitié et connaissance, Da Rachid lui raconta un événement que sa mère, une française,  ne pouvait  pas oublier, la visite en sa compagnie du cirque Amar qui s’était produit  pour la première fois à Bougie ( Bejaia aujourd’hui).Réconfortée par le témoignage de Da Rachid sur le rôle de son père pendant la guerre avant son départ définitif pour la France.

Il lui raconta que son père soignait les blessés dans les rangs des combattants de l’ALN  , et  à ce titre il a été dénoncé aux autorités coloniales par le chauffeur de taxi qui le conduisait dans ses missions à travers les douars.

Trois mois plus tard, la fille du Docteur Amrane revient à Seddouk en compagnie  de son mari ainsi que de sa mère , s’en suit alors des émotions fortes quand Da Rachid les emmena  au cimetière d’Akbou ou sont enterrés ses aïeux.

Moralité de l’histoire, Da Rachid a « réhabilité » un moudjahid et restitué son honeur aux yeux de sa famille mais surtout a reconcilié toute une famille avec non seulement  l’histoire mais surtout avec sa patrie , l’Algerie.

Rétrospective du Colloque international autour de l’insurrection de 1871

Clôturé en apothéose par la projection du film de Mehdi Lallaoui , «Les Kabyles du pacifique » , qui raconte la douloureuse et inhumaine déportation des insurgés de 1871 vers la Nouvelle Calédonie, et leur rencontre avec les déportés de la Commune de Paris, le colloque international a tenu ses promesses ! Ce fut un forum citoyen où l’échange convivial, le débat serein et la création intellectuelle ont concrètement fleuri ce « Printemps des mots ».

Le colloque sur l’insurrection de 1871 a été une grande réussite, selon les participants.
Le colloque sur l’insurrection de 1871 a été une grande réussite, selon les participants.
Dirigé par la subtile poigne de Tassadit Yacine toute de finesse et de savoir faire avéré, le colloque a démarré avec les généralités requises dans la matinée du 6 mai dans cette immense salle du théâtre régional de Bgayet avec son architecture à fort poids historique.

L’émotion de l’ouverture protocolaire, des remerciements aux organisateurs et des retrouvailles a vite cédé devant l’impératif affirmé de la réappropriation d’une période charnière de notre histoire ! Nous étions là pour faire la lumière sur cette grande insurrection populaire de 1871 qui a jeté dans la culture paysanne les premiers fondements de l’algérianité, conscience qui plantée comme un arbre dans la terre aride a pris péniblement racines irriguée par le sang des patriotes, a grandi et donné ses fruits en Novembre 1954.

Ce fut Georges Morin, qui ouvrit « le feu » des mots pour dresser un tableau du contexte historique de cette épopée qui se termina par la déportation des chefs insurgés et de leurs familles vers la Nouvelle Calédonie après la condamnation à Constantine du Bachagha Mokrani, son principal instigateur. Animé par un désir assumé et constant de faire la lumière sur ce qui s’est passé en Algérie entre 1830 et 1962, le fondateur de l’association « Coup de soleil », reconstruira les principaux événements de l’année 1870 qui dans leur interaction avaient déclenché cette guerre entre deux parties aux moyens inégaux. Armé de la volonté de socialiser la production universitaire pour qu’elle atteigne la population, le président du « Maghreb des livres » dira : « La mémoire c’est souvent des blessures, il y a plus de 7 millions de Français, entre juifs, pieds-noirs, harkis, anciens militaires, liés historiquement à l’Algérie ». Ajoutant : »Pour surmonter la tragédie coloniale et construire un avenir solidaire par l’information et la culture, il faudra mettre les moyens, l’échange et le partage par le débat, la télévision, la bande dessinée, le documentaire, le livre … ! Plus on le connait moins on a peur de l’autre ».

Se réapproprier l’histoire et la mémoire

« Avec ce colloque, Bgayet va pour la première fois faire la lumière sur une période charnière de sa lourde histoire », dira Tassadit Yacine. Partageant le souci de Georges Morin, l’anthropologue a rappelé que le but du colloque est de mettre entre les mains du grand public les résultats des recherches universitaires pour lui permettre de faire parler sa mémoire et se réapproprier son histoire. En illustrant le contexte de l’insurrection de 1871 par les chiffres et les déclarations des militaires de la colonisation française, elle convoqua certaines vérités historiques qui aujourd’hui encore nous font frémir : « 56800 Ha de terre arable séquestrés entre 1871 et 1878, 30 000 morts parmi les insurgés , 300 000 personnes touchées par la famine, les maladies, la destruction des récoltes et les incendies des arbres fruitiers, 5 milliards de francs –Or payés par les Kabyles à la France, les impôts les plus lourds de l’histoire de l’humanité… ». « Dans cette atmosphère de fin du monde qu’avait subi la population insurgée, même le moins attendu des amis de la France pouvait devenir insurgé », expliqua-t-elle pour retracer le parcours atypique du Bachagha Mokrani. Elle évoquera les travaux de Germaine Tillon pour étayer l’idée que le soulèvement paysan de 1871 constitue le départ d’un processus, la genèse du mouvement indépendantiste qui connaitra son expression ultime en novembre 1954.

Prenant le même fil conducteur, Mouloud Kourdache, doctorant en sciences sociales, ira dans les détails de la famille d’El-Mokrani, des particularismes du royaume d’At-Abbas qui s’étendait de la Medjana, au Sahara et du Hodna à Constantine, pour déceler dans l’évolution des contradictions coloniales les origines de cet immense soulèvement paysan. Il déduira de son intervention le changement de monde qu’avait opéré l’insurrection de 1871, le démantèlement de l’ordre ancien par la colonisation et les multiples résistances au tour de l’enjeu principal que constituait la possession de la terre.

Dénationaliser l’histoire coloniale

La politologue Françoise Vergès, spécialiste des logiques postcoloniales, introduira la nécessité d’une désoccidentalisation et d’une dénationalisation de l’histoire coloniale. Une vision large et transversale de la colonisation révélera la substance du même phénomène sur des espaces éloignés de milliers de kilomètres. Stigmatisant l’étroitesse du récit nativiste ou atavique elle replace les mutations coloniales dans le système économique global : «L’histoire continue à être écrite par les vainqueurs. Il faut croiser les mémoires. La colonisation est une longue histoire de prédation, une histoire d’inégalités, d’exploitation. Il y a aussi des logiques économiques à l’œuvre. Tant que l’on continuera à écrire une histoire qui se centre sur l’Hexagone, cela restera une histoire mutilée…. Les Malgaches, les Algériens, les Kanaks, etc. écriront leur histoire, mais la France aussi s’est construite avec ces chapitres. Des chapitres multiples qui interagissent entre eux. On connaît en France l’année 1871 pour la Commune de Paris, mais on ne la connaît pas pour l’insurrection en Algérie et la déportation des Algériens en Nouvelle-Calédonie. Communards et insurgés algériens étaient pourtant dans les mêmes bateaux pour le bagne de Nouméa. Et dans les territoires coloniaux eux-mêmes, il y a plusieurs mémoires. … Il faut repenser plusieurs mémoires sur un même territoire. »

« On n’a pas encore produit les concepts de la rupture avec l’histoire coloniale. Le problème de la langue usitée est une difficulté de plus pour comprendre ce qui s’est passé chez nous. Comment lire les sources de l’administration coloniale qu’il faut séparer de l’administration française ? Le problème des sources dans une culture orale complique encore un peu plus la possibilité d’écriture de notre histoire par nous-mêmes », conclura Fouad Soufi, inspecteur des Archives relevant du CRASC d’Oran , dans sa synthèse de cette riche matinée avant que le débat public animé par l’universitaire Fatah Bouhmila n’élargisse les horizons de la soif de connaitre . Les réponses généreuses n’auront pourtant été qu’une goutte d’eau dans le désert culturel entretenu par le système de stérilisation de l’histoire et de la mémoire installé dans l’école et l’université algérienne.

Le danger du « présentisme »

L’après-midi de ce premier jour verra les interventions s’affiner et le discours autour du soulèvement se préciser et se rapprocher du cœur de l’insurrection comme si le temps s’effaçait et que nous nous sommes connectés au temps de 1871 sans nous rendre compte.

« Comment se construit l’histoire ? Comment est transmise la connaissance ? Comment sont abordées les sources » ? s’interrogea Fouad Soufi, l’historien archiviste. Il décortiqua l’insurrection de 1871 comme un archéologue qui dépoussière une ruine, il passera en revue les acteurs qu’il sema sur une géographie de la répression, relèvera les objectifs et les enjeux principaux qu’était la possession de la terre et les affrontements culturels, (langue, école , santé, religion ) qu’il isolera des détails de l’histoire même si ces derniers ont leur importance ? Il stigmatisera au passage cette tendance lourde qui s’inscrit dans l’air du temps et qui consiste à faire de la religion le moteur de l’Histoire mais aussi cette réduction de l’histoire à des oppositions entre des acteurs au lieu de rechercher l’harmonie et la complémentarité. Soufi posera la question de la visibilité des chercheurs et des historiens :  » Il faut parler de la période 1954-1962 pour se faire une petite visibilité », regretta-t-il.

Qui a travaillé sur l’insurrection de 1871 ? L’archiviste livrera un chapelet de noms de chercheurs et de leurs travaux. Comme un journaliste méticuleux, il répondra précisément aux cinq questionnements de base d’une enquête. Quand a-t-elle démarré cette insurrection au juste ? le 15 mars, le 8 avril, la réponse n’est pas dans une date, mais dans un événement : «L’insurrection fut déclenchée le jour où le Bachagha Mokrani déposa sa lettre de démission, et que la nouvelle fut répercutée sur le pays profond ! Cette rupture dans l’ordre colonial fut la première étincelle alors que le bruit sourd descendait des montagnes et roulait dans les plaines ». Pour conclure l’historien passionné mettra la lumière sur le danger qui guette les intellectuels qui s’aventurent sur le terrain de l’Histoire et qui sans le savoir font dans le « Présentisme » en transférant dans le passé la réalité d’aujourd’hui, voulant expliquer avec facilité les maux du passé avec les mots du présent. Il illustrera cet écueil méthodologique par quelques ouvrages qui ont révisé la période de 1871. A cette déviation s’ajoute la tentation du localisme qui consiste à priver l’événement de sa dimension universelle.

Engagement et mythe du retour

Samia Messaoudi inscrira son intervention sur trois axes : l’histoire de l’émigration, celle du mouvement ouvrier et les profondeurs du contexte colonial, soulignant l’importance de l’oralité dans la construction de la mémoire. Elle remettra le public dans les flots de la déportation des insurgés de 1871 vers la Nouvelle Calédonie en narrant rapidement les conditions inhumaines de ce déracinement esclavagiste ! C’est la trame du livre qu’elle a écrit avec Mehdi Lallaoui «Les Kabyles du Pacifique ». « Mon engagement est né du mythe du retour », dira cette fille d’émigré dont le souci est de produire des outils pour rendre l’histoire plus lisible. Des livres comme « Le silence du fleuve » ou « Les massacres de Guelma et Sétif » et le film « Les Kabyles du Pacifique » sont des œuvres majeures en rapport à deux périodes de l’histoire coloniale qui nous interpellent.

Salah Oudahar, ancien professeur à l’université de Tizi-Ouzou, artiste-memorialiste établi à Strasbourg, a l’habitude et l’art de faire parler les ruines et les vestiges. Il résuma les deux interventions dans la nécessité de la transmission de la mémoire, l’incontournable écoute du legs oral parce que « La terre n’a pas tout dit ».

La première journée se termina par un « one woman show » époustouflant de la brillante comédienne Virginie Aimone du collectif marseillais « Manifeste rien ». L’interprétation mise en scène par Jérémie Beschon contracte un long ouvrage de Benjamin Stora « Les trois exils » qui raconte le triple déracinement d’une famille juive durant la colonisation française en Algérie. La stupéfiante démonstration de la comédienne fut suivie d’un débat public animé par Benjamin Stora, l’auteur du texte, Tassadite Yacine et Virginie Aimone l’interprète de la pièce théâtrale. Le débat de haute tenue tourna autour de faits historiques comme les décrets Crémieux qui accordèrent aux juifs l’accès à la citoyenneté via la nationalité française , et qui fut un des fils de la trame de l’insurrection de 1871, mais aussi par des éclairages sur la genèse de la pensée unique et celle des multiples processus d’exclusion et ceux de l’aliénation et de l’appauvrissement culturel. Par delà l’apport du quatrième art, de l’esthétique et de la poésie à la compréhension de l’histoire, le public interrogea les animateurs sur les techniques de contraction des textes aussi lourds et leur transformation en pièces de théâtre ou en films. Nous nous sommes quitté sur une vérité. « L’Algérie n’a jamais été la patrie d’une seule race, une seule langue, une seule religion ».

L’absence de Raphaëlle Branche pour raison de non délivrance de visa par le consulat algérien avait obligé les organisateurs à revoir le programme dans la soirée. Tassadit Yacine et l’artiste Nourredine Saidi ont retravaillé l’harmonisation des thématiques et le tirage des programmes à remettre au public.

Le drame dans le camp des vaincus

Le second jour ouvrit le registre des témoignages et du désarroi. Modérées par Georges Morin qui fut souvent étranglé par l’émotion, quatre interventions ont plongé le nombreux public dans les drames familiaux, les tragédies humaines, les supplices coloniaux vécus dans une atmosphère de fin du monde rendue par les patients et méticuleux témoignages des intervenants. Slimane Zeghidour, le grand reporter des zones des tempêtes dans le monde, convoqua le registre de la fable pour tirer une morale historique de cette insurrection de 1871 ! « Que reste-t-il de cet événement dans les schémas mentaux, que nous inspire cette révolte ? Tout ce que nous savons a été écrit par les vainqueurs ! La difficulté de trouver des sources internes, cette attitude de refuser de témoigner renseigne sur la mentalité algérienne. Il n’y a pas de narratif national qui fait consensus ». A côté de ses regrets, le journaliste historien tira quelques leçons de cette terrible époque en la comparant à la guerre de libération déclenchée en Novembre 1954, mais également à la révolte des Sipaïs en 1850 en Inde. Décontextualisant toutes ces révoltes, il en tira la substantifique moelle dans la dépossession des colonisés de leur terre mais aussi de l’espace vital général sur lequel ils avaient perdu l’initiative historique. Slimane Zeghidour tira une morale plurielle de cette insurrection de 1871 dont les conséquences sont encore perceptibles dans le mental des Algériens d’aujourd’hui qui ont perdu l’emprise sur leur espace vital. « Le déracinement colonial continue de nos jours et l’abandon de la terre est dramatique, les Algériens sont des spectateurs passifs de leur dépossession. Le lien symbolique avec la terre a été coupé, la terre n’a plus de valeur aux yeux des Algériens. La tenure de la terre est une question non réglée ».

Au tour de Ouanassa Siari Tengour de narrer la tragédie des Ouled Aïdoune dans la région de Jijel et des drames familiaux évoqués par sa grand-mère autour de l’année de Boumezrag. A travers une chronologie détaillée des événements, elle parla des assemblées Chartiyas et de leur rôle de contre-pouvoirs populaires qu’Ageron rapprocha d’une pratique similaire dans la régence de Tunis dans la décennie 1850-1860 et que Mostefa Lacheraf qualifiait de cellules du patriotisme rural. Pour l’historienne Tengour, « l’urgence est de faire parler la mémoire locale orale pour aborder l’histoire des gens d’en bas pour qui l’insurrection de 1871 fut l’événement fondateur de l’identité patriotique ».

La poésie refuge après la fin du monde

Abdelhak Lahlou aborda la thématique poétique pour lire l’insurrection de 1871 dans le discours des aèdes de cette époque de fin du monde. Il reconstruisit patiemment le décor de l’insurrection à travers les textes de Smaïl Azikiw et de Si Mohand Ou Mhand. L’émotion était à son comble dans la salle. Georges Morin qui coordonnait les interventions eut les larmes aux yeux devant ce sentiment d’angoisse et de désarroi affectueusement rendu par la voix chevrotante d’Abdelhaq Lahlou, professeur de littérature française à Paris. Les mots puissants et sans concession de cet homme nous transportèrent dans le monde de la détresse et de la tragédie qui s’étaient jouées dans le camp des vaincus ! Nous apprîmes beaucoup de cette terrible intervention à travers des métaphores d’un monde qui explose, le temps de l’apocalypse, l’effondrement du ciel et la déchirure de la terre. Je crus un moment voir le fantôme de Si Mohand ou Mhand dans ses loques de l’époque survoler le silence de la salle. Des mots nouveaux avaient alors envahis notre langue faite de miel, de laine et d’argile ! Jininar (le général qui nous tuait), Jomitar (le géomètre qui mesurait notre terre saisie) Tnivonar ( Le tribunal qui nous condamnait) et Siqis, le séquestre qui broyait nos âmes et aveuglait nos horizons.

Rachid Oulebsir, le quatrième intervenant, un journaliste écrivain , porta encore le trouble du public au paroxysme en évoquant son parcours personnel de déraciné, son besoin atavique de retourner à la terre narrant la dépossession de ses ancêtres auxquels il avait fallu trois générations de travail pour racheter au prix fort leurs propres terres. Il rapporta ce qui reste de la mémoire collective de la vallée de la Soummam à travers les pratiques de l’humiliation que les supplétifs de la colonisation faisaient subir aux femmes veuves des insurgés déportés, morts ou disparus. Il convoqua la mémoire intérieure à travers une expression devenue proverbiale « Markits a lkhodja techdah » (Inscris secrétaire qu’on se souvienne qu’elle a dansé). Les jeunes veuves étaient contraintes de danser en public jusqu’à épuisement contre quelques litres de grain ! Les femmes réduites par la famine à des loques humaines cédaient au désespoir devant les corps inertes de leurs enfants terrassés par la famine et les maladies ! Le nombre de suicides était fort élevé comme en témoignent certains chants dont les lointains échos nous parviennent encore des dernières voix populaires.

Georges Morin terrassé par ces révélations tragiques eut beaucoup de mal à conclure. Ce fut une matinée où la mémoire locale prit sa revanche sur l’oubli et l’amnésie organisée.

Croisements entre la Commune de Paris et l’insurrection de 1871

Dans l’après midi, Abdelmadjid Merdaci, professeur d’Histoire à l’université de Constantine, reprit le registre de l’analyse sur les résistances anticoloniales pour en dégager des tendances lourdes, des clés de lectures croisées des colonisations à travers l’histoire humaine voire des lois. Le professeur insista sur la nécessité de détricoter l’imaginaire guerrier cultivé dans la société algérienne et remettre l’humain et ses souffrances dans l’histoire de ses résistances à l’occupation de la terre, à sa spoliation et à son abandon. Il présenta brièvement l’historien Benjamin Stora, son œuvre immense sur 40 ans de travail sur l’histoire coloniale de l’Algérie, il parlera aussi de l’affabilité et de la simplicité de l’homme qu’une voix apologétique qualifia de « Patrimoine national algérien ».

« Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réflexions sur le croisement entre la Commune de Paris et l’insurrection de 1871 en Kabylie », s’interrogea Benjamin Stora, pour ouvrir sa longue intervention. Il abordera ces correspondances par la simultanéité des dates et des termes et tirera immédiatement une première conséquence :« S’il n’y a pas eu correspondance c’est parce qu’il y avait deux histoires différentes, une histoire française et une histoire algérienne. Il y avait pourtant des liens possibles, au déclenchement, le problème de la guerre de 1870 et l’affaiblissement de l’armée française, dans l’hésitation et la maturation des soulèvements marqués par le risque de décapitation des élites évoqué dans le livre de Hocine Ait Ahmed «Mémoires d’un combattant » et les conséquences de la défaite de la Commune de Paris et de l’insurrection de 1871, à savoir l’écrasement des insurgés et le besoin militaire de laver l’affront sur le territoire colonial entre autres.

Il eut également d’autres espace-temps de correspondances entre L’insurrection de 1871 qui signa la disparition d’un monde celui du patriotisme rural après la mort symbolique d’El-Mokrani et la commune de Paris qui avait vu la naissance de la classe ouvrière et l’émergence du cadre urbain. Les deux événements avaient généré le démarrage du mouvement migratoire vers la France pour les paysans de Kabylie dépossédés de leurs terres, et de Paris vers toute l’Europe pour les intellectuels réprimés et dépouillés de leur idéal. La question de la répression est également un lien solide entre les deux événements, Ce fut les paysans de Kabylie qui payèrent l’impôt de guerre de la France, 40 milliards de franc-or, un demi-million d’hectares séquestré, lesquelles terres furent données aux Alsaciens-Lorrains écrasés par les Allemands.

L’année 1871 fut une période cruciale dans la recomposition des forces culturelles et sociales tant en France qu’en Algérie. En France, il y eut la naissance d’une république qui se méfiait des classes laborieuses et en Algérie ce fut l’installation de l’Algérie française qui refusa la citoyenneté aux classes laborieuses. 1871 est un marqueur historique évident du passage d’un monde à un autre. Un monde nouveau où l’assimilation culturelle ne s’était pas traduite en citoyenneté politique ».

Hadj Mokrani

Benjamin Stora conclura par cette révélation : « Il y a actuellement 120 chercheurs américains qui travaillent sur l’histoire de l’Algérie soit trois fois plus que de chercheurs algériens et Français réunis ».

En fin d’après midi, la projection du film de Mehdi Lallaoui « Les Kabyles du Pacifique » nous replongea dans l’émotion sur les sentiers verruqueux de la mémoire coloniale. Terrible dramatique, inhumaine, esclavagiste ! Aucun terme ne pouvait à lui seul qualifier cette déportation, cette punition, ce châtiment pensés par des bureaucrates et exécutés par des négriers déshumanisés. Un complément de présentation autour du film fut donné par Samia Messaoudi co-auteure du livre « Les Kabyles du Pacifique ». Le débat animé par Tassadit Yacine et modéré par Wassila Tamzali prit plus d’une heure, de nombreuses personnalités à l’instar de la députée au parlement européen Malika Benarab Atou avaient retrouvé à l’occasion la précieuse tranquillité de l’anonymat. Les nombreux acteurs, organisateurs, et participants s’en allèrent chacun avec son viatique faire sa propre évaluation .Tous reconnurent la générosité du comité des fêtes de la ville de Bejaïa et son dynamique président Kamal Bouchebah, la disponibilité des animateurs de la Ballade littéraire Fatah Bouhmila, Nourredine Saadi, Madjid Menasria et leurs nombreux camarades notamment les deux étudiantes Tin Hinan Kheladi et Wafa Mokrani. Le colloque fut indéniablement, par le haut niveau intellectuel des intervenants et des participants au débat, une belle bouffée d’oxygène et un pas vers la réappropriation de la citoyenneté. Un exemple à suivre et à démultiplier.

Rachid Oulebsir

Avertissement : Cet article n’est qu’une sommaire couverture journalistique, il ne saurait remplacer une revue des actes de ce colloque d’une richesse insoupçonnée.

Colloque international autour de l’insurrection de 1871

Le Théâtre régional de Béjaïa abritera les 6 et 7 mai prochain le colloque international autour de l’insurrection de 1871, organisé par le comité des fêtes de la ville de Béjaïa dans le programme des activités annuelles de La balade littéraire, association d’artistes et de culturalistes au parcours éloquent dans la wilaya de Béjaïa.

Dirigé par Tassadit Yacine, membre du laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, ce colloque réunira de grosses pointures des universités européennes à l’instar de l’historien Benjamin Stora et de l’essayiste Georges Morin, fondateur de l’association contre le racisme antimaghrébin Coup de Soleil et directeur du Maghreb des livres, de Françoise Vergès, du Gold Smith’s Collège de l’université de Londres, connue pour ses travaux sur l’esclavage colonial, des artistes de renom comme le cinéaste Mehdi Lalaoui, et la comédienne Virginie Aimone.
De nombreux universitaires et écrivains d’Algérie spécialistes de l’histoire coloniale comme Abdelmadjid Merdaci, Slimane Zeghidour, l’écrivain Rachid Oulebsir ou encore Samia Messaoudi, apporteront une vision intérieure et une lecture plus locale de ce que la mémoire collective a retenu de cet épisode historique qui a jeté les premiers fondements de l’algérianité. Une quinzaine d’intellectuels des deux rives de la méditerranée déclineront durant deux jours des thèmes centrés sur les origines de l’insurrection, son contexte historique et les drames qui s’étaient joués dans le camp des vaincus, les destructions de villages et d’institutions cultuelles comme les zaouias, les humiliations, les impositions répressives, le séquestre collectif des terres, les déportations de populations vers la nouvelle Calédonie, la Guyane française et la Corse… A coté des thèmes généralistes, figurent au programme également des monographies sur des lieux de mémoires de cette insurrection comme Seddouk, le village duquel est partie la révolte le samedi 8 avril 1871 sous la houlette du cheikh Aheddad, maître de la confrérie Rahmania, le village de Lakhdaria (ex-Palestro), les hameaux de Jijel, les collines de Medjana, territoire des Mokrani, les portes de fer à l’orée du Hodna, et des témoignages recueillis dans la haute vallée de la Soummam… Une exposition d’art donnera à voir au public durant deux jours les œuvres du photographe Salah Oudaha. A coté des conférences-débats, une pièce de théâtre sera jouée et un film projeté. Le collectif Manifeste rien jouera avec Virginie Aimone et Jeremy Beschon les Trois exils, un texte écrit par Benjamin Stora qui met en scène la condition humaine à travers un pan de l’histoire de l’Algérie. Le public aura le loisir de débattre avec les acteurs et l’auteur du texte. Le film de Mehdi Lallaoui les Kabyles du pacifique, reconstitue le périple des déportés de 1871 ayant fait souche dans le pacifique. Cette histoire croise le destin de trois populations de déportés, les Kabyles, les Communards de Paris et les Kanaks. Le débat autour du film sera animé par l’auteur et modéré par l’écrivaine Wassyla Tamzali. Organisé dans un lieu public ouvert, ce colloque s’adresse aux citoyens en dehors du carcan élitiste universitaire, aussi les planificateurs, à leur tête le musicologue Malek Bouchebah, ont-ils vu grand, veillant au grain sur le plan logistique pour garantir un séjour confortable à tous les invités. Des ballades touristiques autour de Béjaïa sont programmées pour joindre à l’utile l’agréable.

Rachid Oulebsir

Na Ichouche Ou Ayadh, un témoignage sur la guerre d’indépendance

Dans le prolongement du livre de Da Rachid Adjaoud

 » Le dernier Témoin » sur les débuts de la révolution dans la région de Seddouk, je vous propose cette fois un témoignage vidéo de Na Ichouche Ou Ayadh

sur un épisode de la guerre d’indépendance, le regroupement des populations dans le but d’ isoler les Moudjahidine de la population .Le village de Seddouk Ouffella , était une zone interdite et ses habitants ont été déplacés et regroupés dans les villages voisins ( Seddouk-oudda, Tibouamouchine et Ighil N-Djiber ), ce qu’on appelait les réfugiés ( Rifigi

)

Rachid Adjaoud, le dernier témoin

« Le dernier témoin » est le titre du livre -témoignage du Moudjahid Rachid Adjaoud, paru en 2012 aux éditions Casbah.C’est un témoignage à la fois émouvant et instructif. Da Rachid nous a non seulement  fait découvrir les  militants de la première du mouvement national dans notre région de Seddouk à l’instar de Nait Kaabache Mohand Akli, Ahcene Seghier, Si Hmimi Oufadhel  et d’autres mais aussi  nous a plongés dans l’ambiance qui regnait à seddouk pendant la colonisation à travers les differents personnages à l’exemple des instituteurs  M et Mme Cottet de l’école primaire  de Seddouk Ouadda, le  maire de la commune M. Cauper, de Tempier sans oublier la sympathique Mme Marius.

Le témoignage de Da Rachid est précieux car à ma connaissance c’est le seul  document dans lequel sont recensés presque village par village les noms des martyrs tombés au champs d’honneur, des hommes et des femmes qui se sont sacrifiés pour que nous soyons aujourd’hui libres et indépendants.

Da Rachid dans son livre  a accordé à Seddouk une place de choix, il  tient à nous la faire découvrir à travers cette rétrospective tel un guide, nous promène de rue en rue de boutique   en boutique en égrenant un à  un les noms des différents commerçants de ces rues de seddouk dont  elles portent aujourd’hui les noms de ses  martyrs.

Je publie ci-dessous un extrait d’un chapitre  cet  ouvrage, intitulé «aperçu sur la vie économique et sociale de la région de Seddouk » qui j’en suis sur ne vous laissera pas indifférents.

suivra aussi une vidéo d’une émission  littéraire sur Canal Algérie, à laquelle était invité Da Rachid .(merci à The Achtoug)

J’invite les Seddoukoises et les Seddoukois à  lire et faire lire ce livre , le faire circuler  et l’acheter bien entendu dans la mesure du possible.

hamane

[
Lire les réactions à ce livre sur le forum du site algerie-dz.com->http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=270923]

Vidéo de l’émission Expression livre sur Canal Algérie avec Rachid Adjaoud , invité de Youssef Saih

 

Seddouk, humble témoin de la colonisation.

Seddouk,janvier 1941

Seddouk est une modeste commune, édifiée sur les terres confisquées aux Kabyles ayant pris part au soulèvement de 1871. De telles communes sont assez nombreuses en Grande et Petite Kabylies. La rébellion matée – avec rigueur , des centres de colonisation ont été créés en différents points névralgiques, afin d’y implanter une population française suffisamment importante pour faire contrepoids aux autochtones. Des terres de colonisation ont été distribuées aux immigrants venus de la Métropole: paysans des provinces méridionales les plus pauvres regroupés par départements d’origine, Ardèche, Ariège, Aveyron, Lozère … , Alsaciens, fuyant leur patrie annexée par le roi de Prusse. C’est ainsi qu’à l’état-civil des nouvelles communes, s’inscrivirent les noms de Bonafous, de Camboulive, de Couderc, de Farigoule … de Frey, de Schuster, de Weismuller. A Seddouk les premiers colons étaient originaires des Hautes Alpes et, pour quelques uns, de la région lyonnaise.

Le centre de colonisation a d’abord fait partie de la commune mixte d’Akbou et n’a été érigé en commune de plein exercice qu’après la première guerre mondiale. Les villages kabyles de Seddouk-Ouadda et de Seddouk-Oufellah (1), auxquels il doit son nom, ont alors été englobés dans la nouvelle collectivité locale, ainsi que le village de Takaats.

Seddouk est construit sur une éminence, dans la vallée de la Soummam, à l’écart de la ligne de chemin de fer et de la route nationale qui longent l’oued. Il faut pour y accéder, quitter les grandes voies de communication, à hauteur de la petite gare de Takriets et emprunter le chemin départemental qui serpente à flanc de montagne pour atteindre le lieu-dit « Tizi n ‘Djemaa » (2).

Le village groupe une cinquantaine de maisons, chacune entourée d’un jardin, s’échelonnant sur trois rues parallèles à la ligne de crête, où s’élèvent la mairie à un bout et la gendarmerie à l’extrémité opposée. La mairie est installée dans une grande bâtisse, dont la haute muraille témoigne du souci qu’avaient eu les créateurs du centre de colonisation d’y édifier un ultime refuge en cas d’événements analogues à ceux que la Kabylie venait de traverser. Aujourd’hui, le lourd portail de fer est immuablement ouvert à deux battants sur la vaste cour, qu’emplissent, à l’heure des récréations, les cris des élèves de l’école communale, qui fait partie du même ensemble.

A l’entour de la mairie un petit bois d’eucalyptus abrite chaque samedi le marché hebdomadaire avec, en contrebas, un abattoir rustique où les bouchers ambulants égorgent quelques chèvres et deux ou trois moutons. Tout au bas de la petite agglomération, une belle allée de platanes conduit à la maison du médecin de colonisation, entourée d’oliviers séculaires et d’un grand jardin où mes prédécesseurs ont planté de la vigne et quelques arbres fruitiers. A mi-chemin entre la mairie et mon logement de fonction, se trouve le bureau de poste et un peu plus loin l’église, construite en 1875 desservie aujourd’hui par un prêtre qui vient d’Akbou un dimanche sur deux. Une large place sépare l’édifice religieux de l’auberge du village où quelques piliers de comptoir, Kabyles et Européens mêlés, lampent le gros rouge ou l’anisette, dans la salle enfumée. La circonscription médicale de Seddouk est de création relativement récente. Elle n’a eu jusqu’ici que deux titulaires. Le premier, le Docteur B. .. était le fils du bachagha Ben … qui règne encore aujourd’hui sur le douar des Béni Ourtilane de la commune mixte du Guergour. Il a quitté l’administration pour s’installer à Alger. Il a – m’a-t-on dit au village – ouvert un cabinet rue de la Lyre. Le second était mon ami Louis M … Ni l’un, ni l’autre n’ont séjourné longuement ici. Louis M … a sauté sur l’occasion créée par la vacance du poste de Sidi-Aïch, pour se faire muter à la tête de la florissante circonscription voisine. Mon nouveau domaine se situe au cœur de la Kabylies des Babor, ayant Bougie pour capitale, encore appelée Petite Kabylie par opposition à la Grande Kabylie dont Tizi-Ouzou est le chef-lieu. L’une comme l’autre sont habitées par des montagnards berbères, ayant conservé – comme les Chaouïa de l’Aurès que je viens de quitter – leur langue, leurs traditions et leurs coutumes. Mais leurs mœurs sont très différentes de celles des Aurasiens, notamment en ce qui concerne la condition de la femme. J’ai en charge la protection sanitaire d’une population de 30.000 habitants environ, répartie sur trois communes: la commune de plein exercice de Seddouk, les quatre douars du versant occidental du massif du Guergour et trois douars de la commune mixte d’Akbou. Seuls les villages de la commune de plein exercice et, en partie, les douars de la commune mixte d’Akbou sont accessibles en automobile. Les douars de la commune mixte du Guergour forment un énorme chaos montagneux, où l’on ne circule qu’à dos de mulet. Le plus éloigné de ma résidence, le douar Béni Mohli, se situe à plus de cinq heures de marche … quand les conditions atmosphériques sont favorables. L’équipement sanitaire est à peu près inexistant. Le maire de Seddouk a mis à ma: disposition un petit local communal, situé non loin du bureau de poste, afin que j’y installe les consultations gratuites aux indigènes, les visites des mères et nourrissons, les séances de vaccination obligatoire, bref tout ce qui constitue la tâche quotidienne du médecin de colonisation. J’ai pour unique collaborateur un adjoint technique de la santé, originaire de Cherchell. A sa sortie de l’école, il a rejoint Seddouk la mort dans l’âme et n’a d’autre ambition que de se rapprocher, le plus tôt possible, de sa ville natale. Il est, dit-il, un « homme de mer », passionné de pêche et champion de natation, tout le contraire d’un montagnard! Il ignore le dialecte kabyle et ne fait aucun effort pour assimiler cette langue barbare. Par contre, il fraye volontiers avec les Européens. Le seul indigène dont – je crois bien ¬la compagnie lui parait acceptable est le « taleb », avec lequel il entretient de longues conversations dans un arabe raffiné. Il est arrivé ici quelques mois avant moi et sa connaissance des gens du village et des habitants d’alentour me sera très utile à mes débuts à Seddouk.

* * *

 Les Européens sont, pour la plupart, les descendants des colons de 1875, dont il ne reste plus qu’une dizaine de familles. Ils vivent plutôt chichement du produit de leurs oliviers, élèvent quelques vaches, le cochon que l’on tue à Noël et une basse-cour plus ou moins importante. Les six gendarmes de la brigade, le receveur des postes, les instituteurs et institutrices ne sont, comme moi-même, que des résidents temporaires, changeant au gré des mutations. L’ancien centre de colonisation, qui a compté autrefois jusqu’à cinquante familles françaises, un groupe de pompiers bénévoles et un orphéon municipal, serait tombé en désuétude si de nombreux Kabyles, y trouvant plus de commodités que dans leurs « dechra» de la montagne, n’étaient venus s’y installer et prendre la relève des colons disparus, emportés par la ruine ou la maladie. Ceux qui subsistent ont adopté le mode de vie de leurs voisins kabyles et s’expriment autant en dialecte berbère qu’en français. Il n’existe pratiquement aucune différence sociale entre eux et les indigènes, seule la religion les sépare. Les uns vont à la messe – quand elle est célébrée -, fêtent Noël et font leurs Pâques. Ils sont baptisés, mariés et enterrés par le curé. Les autres observent le jeûne du ramadan et s’abstiennent de manger du cochon. Ils sont circoncis, se marient devant la -;< djemaa» et sont inhumés selon le rite musulman. Pour le reste, tous les habitants de Seddouk se comportent pareillement. Les femmes des uns et des autres sont confinées dans les tâches domestiques, leurs enfants fréquentent la même école, les hommes se retrouvent à l’estaminet, où un observateur attentif pourrait toutefois constater que les Européens consomment plus volontiers l’anisette que le gros rouge qui a la faveur des Kabyles.

* * *

Ces Kabyles sont tous cultivateurs. Quelques-uns, de surcroît, tiennent boutique d’épicerie ou de « tissus indigènes» provenant des manufactures lyonnaises et trois ou quatre d’entre eux exercent un petit artisanat. Il y a Lârbi le maçon, Arezki, le menuisier et le cordonnier Lounès. Un ancien combattant, portant moustaches « à la gauloise» et arborant, dans les grandes occasions, toute une batterie de décorations, gère un « café maure ». Installé dans la grande rue, l’établissement accueille la foule des jours de marché et, en tous temps, les joueurs de dominos. Enfin une famille de bouchers ambulants, le vieil Ali et ses deux fils, est fixée à Seddouk d’où elle rayonne vers les « souk» hebdomadaires des villages environnants. Deux propriétaires de taxi se partagent la clientèle des coureurs de marchés. Il Y a, en outre, dans la commune, deux familles maraboutiques, vivant un peu à l’écart. Elles se disputent l’hégémonie religieuse au sein d’une population berbère, islamisée depuis des siècles mais, au demeurant, assez peu pratiquante. Les Kabyles s’en tiennent à quelques rites essentiels, sacrifient le mouton de l’Aïd el Kébir, mais ne dédaignent pas les boissons alcoolisées et ne se conforment guère au précepte des cinq prières quotidiennes. Le Chikh Abd el Malek, chef de la « zaouïa » (3) de Seddouk-Oufellah, appartient à la grande confrérie des «Rahmanïa ». Ses« khouan » (4) sont nombreux, son influence s’étend à toute la vallée haute de la Soummam et jusqu’à El Esnam. L’autre famille maraboutique est plus modeste et ne possède qu’un maigre patrimoine. Plusieurs des siens sont devenus des boutiquiers. D’autres exercent le métier de tailleur et confectionnent, sur leur machine à coudre, des gandourah, des sarouel et des robes de femmes. Seul, le Chikh Mohammed-Salah – les Kabyles disent Mohand-Salah – maintient la tradition familiale. Il a fréquenté, dit-on, l’université islamique du Caire et enseigne le Coran aux gamins du village.

* * *

 Tel est le petit monde où je vais vivre désormais . Mes relations avec les représentants de l’administration, sous-préfet de Bougie, administrateurs des communes mixtes d’Akbou et du Guergour seront surtout épistolaires, parfois téléphoniques en cas d’urgence. Je rencontrerai épisodiquement mes collègues d’Akbou, de Sidi-Aïch et d’El Kseur. Quant au médecin de colonisation de La Fayette, avec lequel je partage le service médical de la commune mixte du Guergour, je lui ai rendu visite lors de ma prise de fonctions, mais je crois bien que ce sera notre seule entrevue. En ces temps de restrictions où le carburant est distribué au compte-gouttes, je ne referai pas de si tôt le voyage qui oblige à un long détour par El Kseur, Oued-Amizour et Aïn-Roua pour contourner la masse de montagnes qui nous sépare. J’ignore si j’aurai jamais la visite de l’inspecteur départemental d’hygiène … Seddouk est vraiment bien loin de Constantine … Un bled perdu, pour tout dire!

—–

(1) Seddouk-Ouadda (Seddouk le Bas), Seddouk-Oufellah (Seddouk le Haut), ces noms évoquent pour moi les villages lorrains de Mercy le Bas et de Mercy le Haut, berceau de ma famille.

(2) Tizi n’Djemaa : Le col de l’assemblée. Les Kabyles continuent à employer cette dénomination pour désigner le chef-lieu de la commune

(3) Zaouïa : établissement religieux sous l’autorité d’une confrérie musulmane. spécialement affecté à l’enseignement du Coran (Dictionnaire Robert).

(4) Khouan: adeptes d’une confrérie religieuse.

 

Seddouk, une ville coloniale

La région de SEDDOUK est montagneuse. Les villages Kabyles : SEDDOUK Oufellah (d’en haut) – SEDDOUK Ouadda (en bas) ou encore TIBOUAMOUCHINE sont bâtis sur le versant du Djebel TROUNA lequel culmine à plus de 1.000 mètres d’altitude.En 1871, résidait à SEDDOUK Oufellah le vieux Marabout CHEIKH EL HADDAD Mohand Améziane, chef religieux respecté des RAHMANIA.L’appel à la guerre sainte que lui arracha son fils Si AZIZ, au marché du 8 Avril 1872, souleva en quelques jours les tribus des deux Kabylies en une formidable insurrection que les seuls efforts de MOKRANI n’auraient certainement pu entraîner.Dès le 13 Avril 1872, le Vice Amiral GUEYDON, Gouverneur Général Civil de l’Algérie, prenait l’arrêté prévoyant " La création d’un centre de population française sur la rive droite de l’Oued SAHEL, au lieu dit SEDDOUK, à 70 Kms de BOUGIE.Ce n’est qu’entre 1881 et 1883 que SEDDOUK Centre, village situé sur un vaste plateau à 375 m d’altitude, dominé par les villages Kabyles cités plus haut, rattaché à la Commune Mixte d’AKBOU, allait prendre corps, après quelques problèmes.C’est ainsi que le Journal " LE PETIT COLON ALGERIEN " du Lundi 7 Mars 1881 publiait l’article dont extrait ci-après  * LE MIRIFIQUE CAS DE SEDDOUK

-Nous recevons d’un colon de SEDDOUK, les curieuses révélations suivantes qui complètent celles que nous avons déjà publiées sur la situation extraordinaire des malheureux colons du village. " En Décembre 1880, mise en location aux enchères publiques des terres séquestrées.
En même temps, mise en possession immédiate de 10 lots de ferme isolée.
En Février 1881, le Géomètre en Chef de BOUGIE assigne leurs limites des lots aux colons.
En même temps, le Domaine fait ratifier l’adjudication faite de ces mêmes terres.
on ne saurait trop admirer la touchante entente qui règne entre ces divers aimables fonctionnaires.
Si les colons ne sont pas installés dans un délai de 6 mois, ils seraient évincés. Mais ils auront droit à la jouissance de leur terre que le 1er Octobre. C’est à dire dans 9 mois.
Quant aux locataires, ils ont sous loué les terres aux indigènes, et n’ont fait aucun travail, aucune dépense.
il est intolérable de voir ainsi se jouer des intérêts de la colonisation des fonctionnaires qui ont pour mission de protéger les colons. "

L’installation du village qui comprenait 71 lots urbains suivit son cours à l’instar des autres villages de colonisation.Cependant, les mariages religieux ne pouvant être célébrés qu’à AKBOU ou BOUGIE en l’absence d’une église, la construction de celle-ci était sollicitée par les colons auprès du Gouverneur Général par pétition du 10 Octobre 1888 :" Nous soussignés, colons et habitants du Centre de SEDDOUK. , sur 52 attributaires primitifs, plus de 40 résident encore au village, qui remplissent fidèlement leurs obligations. L’édification de nombreux bâtiments, plantation de 40 Ha de vigne, attestent à SEDDOUK la présence d’une population définitivement assise… mais au dessus des besoins matériels, existent des besoins moraux… et en première ligne, se trouve le besoin d’un culte religieux. c’est pourquoi nous désirons voir une église s’élever au milieu de notre village. "

suivaient 34 signatures : TEMPIER – CATELAN – BEOLET – DAVID – ROUSSEL – ROUCHER – HEINRICH – JOSEPH – MATHIEU – GIRARDON – VYRIER – AMBLARD – ARMAND – AMARDEILH – ANDRIEUX – BOUVET – CHACHERER- GEGER et d’autres illisibles.

L’église Sainte THERESE fut édifiée dans les années suivantes. Durant les " évènements " la messe y était célébrée deux fois par mois par le Curé d’AKBOU… L’Abbé RIESER fut enlevé le 15 Février 1959 par les fellagahs sur la route AKBOU-SEDDOUK… Il fut délivré 10 jours plus tard dans la région d’AZAZGA par une Unité de Chasseurs Alpins.             En raison de son développement et de l’insistance de ses habitants, SEDDOUK devint après la l’ guerre mondiale Commune de Plein Exercice, avec pour Maire Monsieur GROSS, instituteur en retraite. Le dernier Maire en 1962 fut Monsieur Louis CAUPERT.
Le village était à l’écart de l’axe routier RN 26 BOUGIE – ALGER, et de la ligne des Chemins de Fer Algériens qui longeait la SOUMMAM. Depuis SEDDOUK, la route départementale 23 tout en lacets permettait d’accéder à la Gare des CFA de TAKRIETZ à 9 kms plus bas. Une autre départementale reliait SEDDOUK à AKBOU.
Le village était implanté sur un terrain pentu. Il était dominé au Sud-Est par le Djebel TROUNA (+ 1.000 m) et du Sud-Ouest au NordOuest et au-delà de la Vallée de la SOUMMAM par le décor grandiose du DJURDJURA.
Le point culminant du village était occupé par le Bordj. Dans son enceinte se trouvaient la Mairie et le Groupe Scolaire.
A proximité se tenait le marché tous les samedis. Les fellahs des douars environnants descendaient avec nombre d’ariouls (bourricots) seul moyen de locomotion approprié. Ces ariouls entretenaient à longueur de journée un vacarme assourdissant par leurs braiements ininterrompus…
En contre partie des fruits et légumes apportés et vendus par les Kabyles ; ceux-ci regagnaient leurs douars, en fin de marché, les ânes lourdement chargés de leurs propres acquisitions.
En plein air les " bouchers " exposaient la viande de mouton sans aucune protection à l’assaut des guêpes et des mouches qui revenaient à la charge sitôt chassées.
Au centre du village se trouvaient la place, la poste, un café maure et divers commerces. Quant au jardin Public, il était irrégulièrement entretenu et pratiquement toujours fermé.
Dans une autre rue se trouvaient la Section Administrative Spécialisée – l’A.M.G. (Aide Médicale Gratuite) et plus loin le Lavoir, l’abreuvoir et l’Eglise qui n’était pas très éloignée de la Mosquée.
Le village n’avait pas de Monument aux Morts, mais comptait de nombreux Anciens Combattants Kabyles. Parmi ces derniers Mr DJEBARI qui parcourait le village en proposant La Dépêche de CONSTANTINE ou le journal d’ALGER. Il fut choisi pour participer au défilé d’un 14 Juillet à PARIS…
Au recensement de Mars 1946, la Commune comptait 5.953 habitants parmi lesquels une vingtaine de familles européennes, dont celles des 6 Gendarmes et de l’instituteur.
Dans les années 1950, de nouveaux bâtiments étaient construits :
1 Ecole comprenant une dizaine de classes, où 400 enfants étaient scolarisés.
1 Centre Social qui accueillait soixante adolescents.
1 Mairie.
1 Foyer Sportif avec création d’une équipe de Footbal.                                                       
A noter à SEDDOUK Ouadda (en bas), l’école dirigée par Mr A. COTTET éditait un journal scolaire "NOUVELLES D’UN PITON KABYLE " imprimé et rédigé par les élèves des Cours Elémentaires et Moyens pour leurs correspondants métropolitains. – Année Scolaire 1946-47 Exemple d’un article
Le Mendiant.
Un jour, Larbi le mendiant est venu demander l’aumône.Arrivé à la porte de ma maison, je lui ai donné un morceau de galette. Mon chien a mordu Larbi. Ahmed C.E. 1
Dans les environs : Salines de LEMLLAH, ou village du sel, où cinq familles Kabyles exploitaient 20 cuvettes en terre dans lesquelles le sel était recueilli après évaporation de l’eau. Cette production était vendue dans la région.La Commune de SEDDOUK avait une superficie de 5.695 Hectares. Les principales cultures étaient : l’Olivier, le Figuier et le
Caroubier.
En 1962, il restait environ un Hectare de Vigne.La production d’huile d’olive était importante ainsi que le commerce de figues sèches et de caroubes.                   

Louis AYMES
Bibliographie
– Avec la collaboration de César SIX.
– Guide Hachette.
– Archives AIX-EN-PROVENCE
– Souvenirs

 

111. Histoire et présentation de Seddouk Ouffella

Seddouk Ouffella est l’un des plus vieux villages de la région, il a environ 8 siécles. Accroché au versant nord du mont ACHTOUG lequel culmine à plus de 1000 m d’altitude et faisant face au mont AKFADOU, il offre une vue imprenable sur la vallée de la SOUMMAM. la légende attribue le nom de SEDDOUK à « SADOK », un terrible brigand sans foi ni loi qui faisait regner la terreur dans toute la région.Cruel et cupide, il dépouillait les villageois de leurs récoltes et cheptel ne leur laissant que de quoi survivre .On raconte qu’un jour, il rentra dans une rage folle et écartela un enfant auquel on a eu la faiblesse d’offrir une cuisse de poulet qui lui était déstinée au diner. Cet acte ignoble révolta les villageois qui le tuèrent lui et ses hommes.

L’histoire , elle , ouvrira ses portes à SEDDOUK , avec le plus illustre des ses enfants : CHEIKH MOHAND AMEZIANE AHEDDAD, chef de la toute puissante confrérie ER RAHMANIA.Le 8 avril 1871,à l’age de 80 ans , il lança un appel à la guerre sainte contre la présence coloniale, souleva en quelques jours les tribus des deux kabylies en une formidable insurrection aux cotés du BACHAGHA EL MOKRANI de Medjana (Sétif ).Cette insurrection de 1871 fut l’une des plus importantes qui ont précédé la révolution de novembre 1954 qui a conduit le peuple algérien vers l’indépendance en juillet 1962. Le soulèvement fut réprimé dans le sang par l’ occupant: CHEIKH AHEDDAD fut emprisonné à Constantine ou il mourut et inhumé, ses terrres et ses biens confisqués, son fils AZIEZ, exilé au moyen orient et ses milliers de fidèles déportés en Nouvelle Calédonie. Dès les premières années de l’indépendance, la demeure de CHEIKH AHEDDAD, fut entièrement rénovée par les » LES KHWAN  » fidèles de la confrérie ER RAHMANIA. Périodiquement, et de toute les contrées , des cars bondés d’hommes et de femmes arrivent au village.Dans une discipline quasi militaire, par groupes ils se dirigent vers le sanctuaire de CHEIKH AHEDDAD en entonnat des chants lithurgiques d’une beauté sublime rythmés par le son de leurs bendirs.

40 ans après, SEDDOUK OUFFELLA, reste un lieu de pèlerinage et un repère de l’histoire nationale.La date du 8 avril est célébrée chaque année et les festivités commémorant son centenaire en 1971 sont encore dans les memoires.Il a vu la visite de nombreux officiels notamment des chefs de gouvernement ayant fait maintes promesses bien sur souvent non tenues.

Aujourd’hui, le village offre un visage méconnaissable résolument tourné vers l’avenir.De belles maisons neuves s’ élèvent sur les décombres des vieilles bâtisses traditionnelles et un peu partout le long des des routes,une coquette école primaire accueille une centaine d’ élèves, un foyer de jeunes réalisé et entretenu avec l’ aide de la communauté émigrée de France…
A l’instar des autres villages de kabylie, SEDDOUK OUFFELLA est équipé de paraboles individuelles pour la réception des programmes notamment des televisions françaises.

Seddouk Ouffella compte environ 800 habitants,dont plus de la moitié sont jeunes, 266 sont scolarisés ( 97 pour le primaire, 72 au collège , 67 fréquentent le lycée et une trentaine sont de niveau supérieur.)

Au plan économique, Seddouk Ouffella à l’instar des villages de kabylie, est pauvre. Bien avant l’arrivée des colons français la culture de la figue, de l’olive ainsi que du caroube constitue sa seule richesse.La nature montagneuse de ses terrres ne permet pas d’autres cultures notamment les céréales, sauf quelques parcelles de quelques hectares sur lesquelles quelques familles cultivaient de l’orge qui est destiné à leur propre consommation et celle des animaux ( chèvres, boeufs, ânes..)

Les villageois pendant la colonisation et les premières années de l’ indépendance descendaient à dos d’ane à TIZI L’ DJEMMA actuel SEDDOUK CENTRE pour vendre une partie de leur récolte et faire des provisions de café, sucre,savon, semoule et autres produits.

La misère a très tôt poussé les fils du village à l’ exil vers la France bien avant la deuxième guerre mondiale pour aller travailler d’ abord dans les mines pour extraire du charbon et d’ autres minerais et ensuite dans les usines de montage automobiles et par la suite dans le bâtiment pour reconstruire ce qui a été détruit par la guerre.

Après l’indépendance du pays en 1962 , la vie quotidienne des villageois n’avait guère changé, les espoirs né de l’independance ont vite laissé place à la desillusion.Le mouvement d’emigration s’est accentué et organisé par l’état la fin des années 60 et début des années 70.Chaque famille a vu partir un des leurs laissant femmes et enfants .Le regroupement familial autorisé en 1976 a permis à certaines familles de partir définitivement en france.

La politique de développement prônée par BOUMEDIENE a crée un autre phénomène celui de l’ exode rural, ou ce que l’ on peut appeler l »émigration intérieure », l’industruialisation de l’Agerie post indépendance a permis à beaucoup de paysans de quitter leurs terres et aller chercher du travail dans les grandes villes du pays notamment Alger.
Aujourd’hui encore Seddouk Ouffella vit grâce au soutien financier de l’émigration.La première génération d’ émigrés est aujourd’hui à la retraite,et leurs pensions de retraite permettent à de très nombreuses familles de vivre dans de bonnes conditions.

A ce jour à Seddouk Ouffella existe encore un petit artisanat perpétué par la famille IHEDDADEN ( Da Chrif, Da Nacer et Mohand Akli ), il s’agit de la forge du village qui est renommée dans toute la région.Qui n’a pas vu la fumée du charbon se dégager de la cheminée de la forge en allant puiser l’eau à la fontaine , ou n’a pas entendu la mélodie du marteau qui percute l’enclume pour façonner de nombreux outils pour les paysans, aiguiser les couteaux à l’approche de lAid et encore fabriquer des fers à cheval qui garnissent les pattes des mulets et ânes presque de toute la région.La famille IHEDDADEN dirige une nouvelle huilerie à LEQWRI à la place de la minoterie tout près de l’école CHEIKH AHEDDAD. 

Au plan culturel et artistique Seddouk Ouffella reste pionnier en la matière AvecMohand U Beslqacem dit « azerzour », moi je préfère Mohand tout court, sa réputation a dépassé la vallée de la soummam , il a écrit et interprété depuis presque 40 ans des centaines de chansons, a animé des milliers de mariages et de concerts dans toute la région et a accompagné tous les mouvements sociaux en commençant par »AYA FELLAH » en hommage aux paysans à l’ occasion de la  » révolution agraire » qui à l’ époque a suscité beaucoup d’éspoir et d’ enthousiasme , « SEDUQ FELAK ITS GHENIGH » à l’ occasion du centenaire de l’ insurrection d’EL MOKRANI et CHEIKH AHEDDAD », « JSK » quand l’ équipe était le porte drapeau et le symbole du mouvement berbère, il a chanté l’ amour avec sa chanson sublime « NADIA », le désespoir et la mélancolie avec entre autre « ANFIYI AD RUGH F THEMZIW », certaines de ses chansons sont malheureusement prémonitoires, TAJNANTS, OURGAGH, elles décrivaient bien avant que cela ne se produise les drames qu ‘a vécus le peuple algérien cette dernière décennie. Smail est le premier a avoir introduit au village la musique moderne, c’est un auteur et un interprète il s’ inspire du courant des prestigieux groupes IDEFLAWEN, IDIR, MEKSA, SI MOH et bien d’autres.Smail est un enseignant comme Mohand, ils sont devenus complémentaires et inseparables.Dans le sillage de Mohand et Smail, on trouve de nombreux jeunes qui émergent notamment Slimane et son frère.

A Seddouk Ouffella aussi on trouve NA WERDIA OU SI AAMAR, une illustre animatrice des mariages et fêtes de toute la région.

Seddouk Ouffella a aussi son artiste peintre, ses portraits et tableaux sont exposés un peu partout en Algérie, il s’ agit de BACHIR BENCHEIKH qui vit à Alger.Il a dessiné de nombreux tableaux à Seddouk Ouffella , il continue à le faire à chaque fois qu’ il vient au village.A signaler aussi que Mohand Ait Ighil connu sous le nom de « Muhand U Hmed »est originaire de Seddouk Ouffella ,à son actif de nombreux ouvrages en Tamazight sans oublier Lekhal Belhaddad, cithariste ( Qanunudji) célèbre pour avoir accompagé de nombreux artistes nationaux et étrangers notamment El Hachemi Guerrouabi et Enrico Macias

Merci à Mohand et Smail pour leurs contributions pour réaliser cette courte page de présentation de notre village.

Hamane