Célébration de l’insurrection de 1871
 L’association des activités de jeunes cheikh Belhaddad de Seddouk célèbre depuis le 21 du mois de mars écoulé et ce jusqu’à mardi prochain un événementphare de la lutte du peuple algérien pour le recouvrement de sa liberté. Un événement incontestablement qui revêt une dimension nationale car dépassant nos frontières qui, malheureusement, est célébré localement par une association caritative démunie de tout moyen pour le commémorer comme il se doit. En effet, il y a 137 ans, cheikh Md Améziane Belhaddad, un homme d’un charisme incomparable, incrusté d’une fibre patriotique et répondant au devoir de la patrie ensanglantée par l’envahisseur français, attendant le jour du marché hebdomadaire à Seddouk, coïncidant avec la date du 8/4/1871 et devant 1200 fidèles réunis sur la grande placette il annoncera le djihad contre l’oppresseur colonial. Après la prière du dhor qu’il dirigea, il lève les bras en l’air en disant ceci : « nous jetterons l’ennemi à la mer comme ça », joignant le geste à la parole, il jettera sa canne par terre. Une guerre farouche et sans merci que mèneront ses deux fils Aziz et M’hand joints par les Mokrani des Ath Abbas. Et ce dans le but de mettre fin à un système colonial qui, pour la conquête de tout le territoire a mis sa machine répressive en branle contre la paysannerie algérienne qu’il a dépossédée par des pratiques inhumaines faites de tortures et de tueries pour accaparer les meilleures terres situées dans les riches plaines et terroirs, ne laissant aux fellahs que les terres incultes situées dans des endroits montagneux aux reliefs accidentés. Voilà comment l’administration coloniale a installé un grand nombre de colons européens sur de vastes périmètres agricoles ruinant par voie de conséquence les fellahs qui ne sont pas restés insensibles puisque des soulèvements ont eu lieu partout dont le plus important est celui d’avril 1871 mené par des tribus paysannes de la vallée de la Soummam galvanisées par la foi et la détermination à vaincre ou mourir devant un ennemi déterminé aussi à asseoir sa domination par la force, quitte à disséminer les populations . Le moins que l’on puisse dire est que ce soulèvement ne s’étant pas uniquement propagé dans toute la Kabylie mais il avait gagné aussi d’autres régions limitrophes. Ce sursaut d’orgueil des populations kabyles était engendré d’abord par l’oppression et l’arbitraire d’un demi-siècle d’occupation, aggravées par la misère induite par trois années de sécheresse et d’invasion de criquets (1866 à 1869) conséquences de la mort par milliers dans les rangs des populations paysannes ruinées par l’administration coloniale qui ne voulait même pas leur venir en aide et meurtries par la famine, auxquels était venu s’ajouter le décret Crémieux de 1870, objet d’une discrimination, qui a accordé aux Juifs d’Algérie le privilège d’accès à la nationalité française et aux droits qui en découlent et ce, dans le but de grossir les rangs des colons. Pour bien dire les choses, ce sont tous ces facteurs néfastes non négligeables qui étaient à l’origine d’une révolte dont le coup de stater avait été donné le 16 mars 1871, par Mohamed el Mokrani qui, à la tête d’un bataillon, déclara la guerre à l’armée coloniale en signant le premier attentat contre une caserne militaire à BBA. Devant l’acte accompli et pour propager l’insurrection, il fit appel à cheikh Mohand Améziane Belhadad de Seddouk comptant sur le charisme dont il jouissait dans la région pour soulever les masses populaires déjà très affectées car Cheikh Belhaddad qui était avant tout un homme érudit et réputé pour sa loyauté, sa pureté et son austérité des qualités l’ayant propulsé à la tête d’une confrérie « Tarika Rahmania » répandue à travers tout le pays grâce à ces centaines de zaouias et comptant environ 300.000 fidèles. La bataille qui avait fait rage pendant environ une année s’était soldée par la mort d’un nombre incommensurable de personnes dont Mohamed El Mokrani, tué à Bouira le 5/5/1871, le reste des troupes et des chefs de guerre se résumant à environ un millier de personnes ont été capturés et jugés par la cour pénale de Constantine qui a rendu son verdict par des sanctions extrêmes se traduisant par la prison à vie pour l’ensemble des insurgés jugés assortie d’une déportation vers la Nouvelle -Calédonie. Seul cheikh Mohand-Améziane Belhadad a échappé à cette déportation pour son âge avancé aggravé par la maladie. Il a été incarcéré à la prison « Koudiat » de Constantine où il mourut au bout de cinq jours comme il l’avait prédit auparavant. « Vous m’avez condamné à cinq ans de prison, Dieu exhortera mon voeu de me soustraire à vos griffes au bout de cinq jours », lança-t-il à ses bourreaux lors de son procès. Même mort, il faisait encore peur aux soldats français qui l’ont enterré de nuit afin d’éviter de s’attirer les foudres de guerre de la population constantinoise qui n’était pas en reste d’un éventuel soulèvement. A la fin des hostilités, la région était pacifiée par la terreur et le sang par l’occupant colonial qui continua sa conquête par des moyens illégaux en faisant payer cher aux masses paysannes leur implication dans la guerre qui était la leur. La défaite fut donc accompagnée de graves conséquences sur les populations en zone rurale, qui étaient soumises à de nombreux châtiments inhumains aux effets durables dans le temps et l’espace. Parmi ces châtiments, les punitions les plus répressives furent d’abord celles qui imposaient aux tribus qui ont participé aux hostilités à verser de fortes amendes de guerre et qui étaient fixées à 70 F par fusil pour celles qui avaient seulement sympathisé, 140 F pour celles qui avaient pris part et 210 F pour celles qui avaient déclenché cette guerre. Autre conséquence, la généralisation des confiscations des biens et de grands périmètres de terres fertiles qui étaient redistribuées aux nouveaux colons. Les festivités qui se déroulent en ce moment même s’étalent sur 15 jours et sont enrichies d’un programme varié portant sur des activités culturelles et sportives. Revenant à la commémoration, outre la conférence que donnera Ali Battache, un historien et écrivain local qui a retracé dans un livre en langue nationale qui sera traduit incessamment en langue française, le parcours honorable du cheikh Belhaddad et la révolution populaire qu’il a menée, le public découvrira par- là même et pour la première fois un film documentaire sur le cheikh réalisé par Djamel Boukheddad, sans omettre les conférences que donneront aussi nos éminents historiens, Dehbia Abrous, Younès Adli et bien d’autres. Quoi qu’il en soit le printemps n’en sera que plus beau cette année à Seddouk. Autre fait marquant, un mausolée en cours de construction à Amdoun n’Seddouk, selon des informations qui nous sont parvenues, abritera les ossements des cheikhs Md Ameziane Belhaddad et de son fils Aziz qui seront rapatriés du cimetière de Constantine durant l’une des dates historiques, le 5 juillet ou le 20 août prochain.
L. Beddar