révolution d’ avril 1871
Graves conséquences sur le foncier

La dépossession des fellahs par le système colonial a été répressive. Afin de s’ emparer au maximum des meilleures terres, et installer par voie de conséquence un grand nombre de colons européens sur de grands périmètres agricoles, il a eu recours à de nombreux moyens illégaux et répressifs contre les paysans dont l’ attachement aux terroirs était très profond.
Ainsi, le but recherché est bien clair, il s’ agit d’ une répression qui se veut exemplaire, dirigée contre les tribus qui sont ainsi spoliées de leurs terres, de leur unique moyen de subsistance. Au total, les quarante premières années de la conquête (1830-1870) se soldèrent pour les fellahs par la perte d’environ un million d’hectares dont la plus grande partie est située dans les riches plaines et terroirs. Mais, la spoliation des fellahs ne s’est concrétisée qu’après de longues de résistances des populations rurales et les luttes engagées contre les forces d’occupation n’ont pas été interrompues.
Les premières confiscations se sont limitées aux biens habous et biens beyliks qui sont utilisés auparavant par les turcs pour l’entretien des écoles, mosquées et établissements publics. Ces confiscations peu importantes ont permis l’installation des premiers colons. Très vite les expropriations s’étendent et touchent de nombreuses tribus. Soit par la séquestre ou par l’expropriation qui les avaient frappés, les paysans algériens se trouvaient en grande partie dessaisis de la propriété du sol sur lequel ils étaient installés séculairement Ces expropriations des tribus est la conséquence directe de l’extension et de la génération de la résistance qui s’est multipliée dans plusieurs régions du pays et celle menée par Cheik El Haddad et El Mokrani en 1871 est considérée comme étant le plus grand soulèvement qu’à connu la paysannerie algérienne, avant la grande révolution de novembre 1954.
Ainsi, au début d’avril de 1871, les mokrani d’Ath Abbas rencontrèrent dans leur medersa à Seddouk ceux de la confrérie de Mouhaned Améziane ben Cheik El Haddad. Après une semaine de discussions, ils parvinrent à un accord et les membres de la confrérie (les khouan) attendaient impatiemment l’ordre qui allait lancer dans le soulèvement l’ensemble des tribus de la Kabylie.
L’insurrection de Cheik El Haddad
Attendant le jour du marché, le samedi, en dépit de son age avancé (80 ans) et de sa santé fragile, Cheik El Haddad proclama le djihad sur la placette de Seddouk, dans la wilaya de Bejaia comme il a été convenu lors des différentes consultations avec les mokrani qui ont furent de même chez eux pour rassembler un grand nombre de guerrier.
Devant une assistance composée de plusieurs milliers de personnes, Cheik belhaddad, après avoir dirigé la prière publique du d’hor, soutenu par ses deux fils Aziz et m’hand, se fraya un chemin parmi l’assistance, se dégageant de ses fils et avança seul, il jeta sa canne par terre, se redressa face au soleil et exhorta la foule à combattre les oppresseurs. Plus de cent vingt milles combattants, représentant deux cent cinquante tribus se rallièrent vite à l’appel.
Les premières dépossessions des terres agricoles dans la région sont les causes qui ont motivé les masses populaires à se structurer derrière ce mouvement insurrectionnel populaire qui a rassemblé un grand nombre de tribus, embrasant ainsi de vastes régions du centre du pays, notamment la Kabylie dans son ensemble mettant sérieusement en péril tout le système colonial. La foi et la détermination des paysans à reconquérir leurs terres ont motivé les moudjahiddines à pourchasser et harceler les forces coloniales et leurs alliés durant plus d’une année. Mais la réponse par l’occupant français est des plus farouche, qui a mobilisé un arsenal militaire composé de plusieurs hommes, d’armes et de munitions. Cette offensive de l’ennemi a fait un carnage parmi les moudjahiddines, les villages de Seddouk d’ath abbas, fer de lance de la résistance, ont payé un lourd tribut. Chaque famille dénombre en son sein des morts des mutilés et certaines même des déportés, tandis que les deux héros ont été capturés et déportés en nouvelles calédoniens. La défaite des masses paysannes fut accompagnée de graves conséquences.
Châtiment
En effet, ces conséquences se sont traduites aussitôt par de violentes réactions contre les fellahs en zone rurales. En plus de la dépossession des meilleurs périmètres de leurs terres, ils étaient sujets à de nombreux châtiments exemplaires aux effets durables dans le temps et l’espace. Parmi ces châtiments, les sanctions les plus répressives furent celles qui imposent à la population de verser une très forte amende de guerre et la déportation d’un grand nombre de révoltés parmi eux les chefs de guerre Aziz Bel Haddad et Boumezrag El Mokrani vers une île du pacifique, la nouvelle Calédonie.
Cette déportation est l’une des pages sombres des premières années de l’histoire de l’Algérie colonisée.
Autre conséquences, plus de 500.000ha ont été séquestrés dans la région de Seddouk. Du piémont d’Achtoug jusqu’à l’oued Soummam, pour leurs soutient indéfectible à Cheik El Haddad dans sa lutte contre l’occupant français, les villageois ont subi les pires châtiments de l’administration coloniale qui les a spoliés des meilleurs terres. C’est ainsi qu’un administrateur colonial de la région rassembla les villageois sur la parcelle deTaklath, limite entre la plaine et les terres situées sur le relief montagneux, debout au milieu de celle-ci, se positionne le visage bien orienté vers la montagne d’Achtoug, les mains allongées et tendues horizontalement, décrète que les terres se trouvant derrière lui, c’est-à-dire sur la plaine et jusqu’à la limite de l’Oued Soummam sont séquestrées et versées au domaine public qui les a attribués aux colons. Ces villageois ont été appauvris et dépouillés de leurs meilleures terres et seules les terres des montagnes qui ne sont guère favorable aux cultures de rendement donc qui ne présentent aucun intérêt pour les colons, leurs ont été laissées. Cette situation a fait naître un dualisme entre deux secteurs. Le secteur moderne, détenu par les colons, composé des meilleures terres des plaines, fortement équipé en matériel moderne grâce aux financements accordés par les banques, réalise des rendements et des profits importants et la production y afférente est exportée vers la métropole.
Le secteur traditionnel pauvre, détenu par les paysans algériens ne bénéficie pas de crédits bancaires ou de toute forme d’aide d’où les rendements dégagés sont très faibles. Les parcelles situées en haute montagneuses au relief accidenté ne sont pas accessibles à la mécanisation et sont travaillées avec des moyens archaïques. C’est une agriculture de subsistance.

L.BEDDAR

14 juillet 2005